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Les conséquences mondiales de la guerre en Asie de l’Ouest

Chas W. Freeman Chas W. Freeman
Chas W. Freeman

Chas W. Freeman est un essayiste et diplomate américain. Il a notamment été ambassadeur des États-Unis en Arabie Saoudite (1990-1992) et Secrétaire adjoint à la Défense pour les affaires de sécurité internationale (1993-1994). Il a ensuite été Senior Fellow à l’Institut Watson de l’Université Brown de 2015 à 2024.

La guerre en Asie de l’Ouest enfonce le dernier clou dans le cercueil de l’ordre mondial dominé par l’Occident. Elle marque également l’effondrement de la Pax Americana qui a suivi la Guerre froide. Le modèle de guerre inauguré lors de la guerre d’Ukraine a remplacé celui qui s’était développé dans les guerres du XXe siècle. La guerre en Asie de l’Ouest démontre une fois encore à la fois l’utilité limitée du recours à la force et le caractère impératif d’une diplomatie professionnelle.

Dans un monde où le droit international n’inhibe plus l’agression ni la commission de crimes de guerre, les puissances intermédiaires n’ont d’autre choix que de développer des stratégies leur permettant de survivre aux attaques des plus puissants. La réponse de l’Iran à la guerre parrainée par Israël que les États-Unis ont lancée contre lui montre au monde comment cela peut se faire. Cette guerre a échoué à atteindre aucun de ses objectifs confus. Elle a démontré le coût prohibitif de traiter la diplomatie comme un écran pour une attaque militaire surprise, plutôt que comme une mesure en deçà de la guerre permettant de régler les différends entre nations. Et elle offre un exemple d’école de ce qu’il ne faut pas faire en matière de recours à la force. Les guerres ne peuvent se justifier que si elles visent à produire autre chose qu’une orgie de mort et de destruction.

Cette guerre laisse à ses victimes comme à ses auteurs sans autre choix qu’un accommodement mutuel dans l’intérêt de la paix et du développement — en d’autres termes, la diplomatie.

En réponse à l’agression israélienne et américaine contre lui, l’Iran a saisi le contrôle du détroit d’Ormuz. Après que les États-Unis ont tardivement reconnu que leur armée ne pouvait pas utiliser la force pour ouvrir le détroit, le président Trump a conseillé aux pays dépendants des exportations d’hydrocarbures du golfe Persique de tenter eux-mêmes de l’ouvrir, plutôt que de compter sur les États-Unis pour le faire à leur place.

Dans la pratique, la seule façon pour les navires de franchir le détroit est d’obtenir la permission de l’Iran et de lui acquitter des droits de transit. Le président Trump a involontairement incité tant les alliés américains en Europe et en Asie que ses partenaires arabes du golfe Persique à rechercher la paix et des accords avec l’Iran, plutôt qu’à rejoindre Israël et les États-Unis dans leur agression contre lui. Certains pays importateurs de pétrole et de gaz l’ont déjà fait. La prospérité continue des pays exportateurs de pétrole et de gaz du golfe Persique dépend désormais qu’ils en fassent autant.

Israël et les États-Unis ont justifié leur agression contre l’Iran en partie au motif qu’elle était nécessaire pour empêcher l’Iran de développer une arme nucléaire. Au lieu de cela, ils ont éliminé les dirigeants iraniens qui s’opposaient à la fabrication d’une bombe et les ont remplacés par des partisans de cette option. La guerre a donné raison à ceux qui, en Iran, estimaient qu’Israël ne pouvait être dissuadé que par des armes nucléaires et d’autres armes de destruction massive. Lorsque l’Iran disposera d’armes nucléaires — ce qui adviendra —, d’autres dans sa région et au-delà en feront autant. Le monde est sur le point d’entrer dans la « perspective de plus en plus sombre d’une destruction massive sur terre », que le président Kennedy citait pour justifier le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires. Cette guerre a rendu caduc ce traité vieux de cinquante-six ans.

La projection de puissance américaine vers l’Asie de l’Ouest repose sur des bases en Europe. Les États-Unis sont désormais engagés dans une guerre d’agression au-delà de l’Europe. Cela a démontré l’absence de pertinence de l’OTAN pour autre chose que la défense de l’Europe contre une agression extérieure. Le président Trump a, à maintes reprises, exigé que les membres européens de l’OTAN, ainsi que d’autres alliés américains, rejoignent les États-Unis dans leur attaque contre l’Iran. En réponse, nous entendons les premières demandes crédibles des opinions publiques et des partis politiques européens pour le retrait des forces américaines et de leurs bases d’Europe. De plus en plus de gouvernements européens ont interdit aux États-Unis d’utiliser leur espace aérien pour soutenir une guerre qui n’est pas la leur. Le président Trump a menacé avec colère de retirer les États-Unis de l’OTAN. Mais certains au sein de l’OTAN semblent désormais envisager de pousser les États-Unis hors d’Europe. Dans un cas comme dans l’autre, l’alliance transatlantique est sous assistance respiratoire, sinon morte.

Israël a recherché cette guerre pour éliminer l’Iran comme obstacle à son expansion territoriale en Asie de l’Ouest et réaliser sa vision d’un « Grand Israël ». Conformément au projet du Grand Israël, il utilise la guerre comme couverture pour une tentative d’annexion du Liban-Sud. Il bénéficie du soutien de facto des États-Unis pour cela. Ce qui avait commencé comme une guerre israélienne contre l’Iran soutenue par les États-Unis est devenu une guerre régionale qui s’élargit, aux conséquences géoéconomiques et géopolitiques dévastatrices. Celles-ci comprennent la décimation de l’économie mondiale au milieu de profits exceptionnels pour les compagnies pétrolières et gazières russes et américaines, le réaménagement de la géopolitique mondiale à l’avantage de la Russie et de la Chine, la disparition de tout respect du droit international, et la perspective que bien d’autres pays s’appuient sur des armes nucléaires pour leur défense.

Il est difficile d’y trouver une lueur d’espoir. Mais on dit qu’il fait toujours plus sombre avant l’aube. Les multiples crises engendrées par cette guerre d’agression en Asie de l’Ouest constituent peut-être une occasion d’imaginer et d’organiser un ordre mondial nouveau et meilleur.

Dans la tradition de la Grèce et de Rome, le phénix se consume lui-même pour renaître de ses propres cendres. Dans la tradition chinoise comparable, le phénix est un symbole d’harmonie, de prospérité et de coexistence pacifique. Ne pourrions-nous pas combiner ces visions pour créer une zone de paix dans une Asie de l’Ouest déchirée par la guerre ?

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