La Russie, la Biélorussie, le Kazakhstan et le Kirghizistan ont appelé l’Arménie à organiser dans les plus brefs délais un référendum national : le pays doit choisir entre rester au sein de l’Union économique eurasiatique (UEEA) ou poursuivre sa voie vers l’adhésion à l’Union européenne. La déclaration commune a été signée par Vladimir Poutine, Alexandre Loukachenko, Kassym-Jomart Tokaïev et Sadyr Japarov, à l’issue de la réunion du Conseil suprême eurasiatique à Astana. L’Arménie était représentée au sommet par le vice-Premier ministre Mher Grigoryan, c’est à lui qu’a été remise la déclaration, selon l’assistant du président russe Iouri Ouchakov. Le Premier ministre Nikol Pachinian, lui, n’a pas fait le déplacement.
Arménie entre UE et UEEA
Le texte indique que la préparation d’Erevan à l’adhésion à l’UE crée « des risques substantiels pour la sécurité économique » des États membres, et que les partenaires de l’UEEA entendent prévenir les préjudices qui en découlent. Les dirigeants ont affirmé partager la nécessité d’organiser en Arménie, dans les meilleurs délais, un référendum sur l’adhésion à l’Union européenne ou sur le maintien au sein de l’UEEA. Les conséquences éventuelles pour l’Arménie en cas de rapprochement accru avec Bruxelles seront examinées séparément lors de la prochaine réunion du Conseil suprême en décembre. Le Kremlin avait déjà formulé publiquement ses arguments sur les avantages de l’adhésion : le porte-parole Dmitri Peskov avait rappelé que la participation à l’UEEA garantissait à Erevan une croissance économique annuelle stable et un apport au PIB.
Poutine établit un parallèle avec l’Ukraine
Lors de la conférence de presse à l’issue de sa visite au Kazakhstan, Vladimir Poutine a comparé la situation actuelle autour de l’Arménie à ce qui avait précédé la crise en Ukraine, mettant en garde contre les risques d’un scénario similaire. Dès le 1er avril, lors d’une rencontre avec Pachinian à Moscou, le dirigeant russe avait affirmé qu’une appartenance simultanée de l’Arménie à l’UEEA et à l’UE était impossible, évoquant toutefois la possibilité d’un « divorce en douceur, intelligent et mutuellement bénéfique ».
La position d’Erevan
Pachinian a réaffirmé à plusieurs reprises que l’Arménie continuerait, tant que possible, à coopérer simultanément avec les pays occidentaux et les États de l’UEEA. Selon lui, dès lors que cette possibilité disparaîtrait, le choix définitif appartiendrait au peuple arménien. Le Premier ministre a également laissé entendre qu’il ne laisserait pas les mécanismes de l’Union être utilisés contre son propre pays.
La déclaration place Erevan dans une position délicate. La formulation de la question référendaire, le calendrier et le principe même d’un tel scrutin restent sujets à débat et organiser un vote national avant les élections législatives est physiquement impossible.
Les élections du 7 juin et la dégradation des relations avec Moscou
La déclaration intervient dans un contexte de forte détérioration des relations entre Moscou et Erevan. Les élections législatives arméniennes, fixées au 7 juin, sont devenues de facto un test de la politique pro-occidentale de Pachinian.
Un facteur de tension supplémentaire réside dans le sort de l’homme d’affaires Samvel Karapetyan, président du groupe industriel et de construction Tachir. Moscou exige qu’il soit autorisé à participer à la campagne électorale ; en Arménie, il est placé en résidence surveillée pour appels à la prise du pouvoir, et sa formation politique est de fait écartée du scrutin. Selon les sondages, Pachinian conserve la tête des intentions de vote, devant Karapetyan, Gagik Tsarukyan et le bloc mené par l’ex-président Robert Kotcharian.
Parallèlement, la Russie a commencé à imposer des restrictions sur l’importation de produits arméniens, des mesures qui frappent en premier lieu les agriculteurs du pays et sont perçues à Erevan comme un instrument de pression politique.
L’issue de ce bras de fer dépendra en grande partie des résultats du scrutin du 7 juin.