Des élections législatives se tiendront en Arménie le 7 juin. Mais pour Moscou, c’est avant tout le moment de décider qui doit l’emporter. La Russie exerce une pression sur Erevan sur plusieurs fronts à la fois : économique, diplomatique et informationnel. Au cœur du conflit se trouve le Premier ministre en exercice Nikol Pachinian et son orientation vers un rapprochement avec l’Union européenne.
Les origines de la rupture
L’Arménie et la Russie ont commencé à diverger progressivement après 2020, lorsque Moscou s’est en pratique abstenu de soutenir Erevan dans la guerre contre l’Azerbaïdjan pour le Haut-Karabakh. La Russie, qui se présentait comme garante de la sécurité dans l’espace post-soviétique, n’est pas intervenue. L’Arménie a perdu. Dans les années qui ont suivi, Erevan a entrepris de diversifier méthodiquement ses liens extérieurs : elle a intensifié les négociations avec l’UE, développé sa coopération avec les États-Unis et suspendu sa participation à plusieurs structures de l’OTSC.
L’embargo alimentaire
Rosselkhoznadzor ferme progressivement le marché russe aux produits arméniens. Sont déjà interdits les fraises, les tomates, les concombres, les poivrons, les herbes aromatiques, certaines marques de cognac et de vin, l’eau minérale Jermuk, les fleurs, le poisson, les abricots, les cerises, les prunes et le raisin. Chaque interdiction est formellement justifiée par des « violations des normes phytosanitaires ». Moscou a cependant souvent recours à la pression commerciale comme signal politique. L’Arménie exporte vers la Russie une part considérable de sa production agricole, et le coup porté à cette filière est douloureux.
La menace sur l’approvisionnement énergétique
Le ministre russe de l’Énergie Sergueï Tsivilev est allé plus loin que les restrictions agricoles. Il a laissé entendre que Moscou pourrait interrompre les livraisons de gaz naturel, de produits pétroliers et de diamants bruts si l’Arménie poursuivait sa marche vers l’adhésion à l’UE. Pour un pays qui dépend du gaz russe et n’a pas d’accès direct à la mer, cette menace est on ne peut plus concrète.
L’ultimatum des quatre pays
La Russie, la Biélorussie, le Kazakhstan et le Kirghizstan ont formulé une exigence commune : l’Arménie doit organiser un référendum et choisir entre l’Union économique eurasiatique et l’Union européenne. Le seul fait que quatre États membres de l’UEE aient coordonné un tel ultimatum à la veille des élections arméniennes témoigne du degré d’organisation de cette campagne. Pachinian a refusé. Selon lui, la question de l’adhésion à l’UE reste pour l’heure théorique et ne nécessite aucun référendum. Cette réponse a été accueillie à Moscou avec peu de satisfaction.
Poutine et l’analogie ukrainienne
Le signal le plus inquiétant est venu d’une déclaration publique de Vladimir Poutine à l’issue du sommet de l’UEE à Astana. Le président russe a affirmé que si l’Arménie adoptait les normes de l’UE, Moscou démantèlerait toute intégration économique avec Erevan et que les citoyens arméniens devraient obtenir des permis de travail pour exercer en Russie. Poutine a également rappelé que la tentative de l’Ukraine de se rapprocher de l’UE avait en son temps conduit à une « crise ».
La diaspora arménienne comme instrument électoral
Selon l’agence Reuters, le Kremlin aurait discuté d’un plan visant à envoyer en Arménie jusqu’à 100 000 Arméniens résidant en Russie pour qu’ils votent contre Pachinian. Parallèlement, le Kremlin a lancé une vaste campagne d’information : selon des chercheurs, des réseaux de faux comptes ont pendant deux mois diffusé des récits selon lesquels Pachinian « se prépare à la guerre contre la Russie ». Par ailleurs, Moscou exige que l’homme d’affaires pro-russe Samvel Karapetian, actuellement en résidence surveillée en Arménie, soit autorisé à participer aux élections.
Et maintenant ?
Les élections du 7 juin montreront dans quelle mesure la pression de Moscou s’est révélée efficace. Les sondages enregistrent pour l’heure une cote de popularité stable pour Pachinian, et selon des études locales, la majorité des citoyens arméniens soutient le cap vers un rapprochement avec l’UE.