Les États-Unis et l’Iran ont signé une trêve qui rouvre le détroit d’Ormuz aux pétroliers. Parmi toutes les issues possibles, Trump a choisi la voie diplomatique. Washington devra restituer à l’Iran des dizaines de milliards de dollars d’avoirs gelés et, peut-être, payer davantage encore par le biais d’un fonds de reconstruction du pays. Téhéran, lui, n’a donné qu’une vague promesse de discuter sous 60 jours de l’avenir de son programme nucléaire. Sur le papier, c’est une défaite américaine : les États-Unis n’ont pas atteint leurs objectifs politiques, n’ont obtenu aucun levier d’influence sur l’Iran, ont perdu la confiance de leurs alliés et, par-dessus le marché, ont payé. Mais Trump ne voulait visiblement pas s’engager dans une guerre plus intense à la veille des élections de mi-mandat au Congrès en novembre.
Le premier cycle de négociations avec l’Iran a échoué dès le 19 juin, en raison de l’aggravation de la situation sur le front libanais qui, formellement, ne fait pas partie de l’accord, mais peut le faire voler en éclats.
Que contient l’accord ?
Le « mémorandum d’entente » en 14 points a été signé par Trump et la partie iranienne à la mi-juin (la formalisation est intervenue le 17 juin). Le texte n’a pas été rendu public officiellement ; il n’en existe que des versions diffusées par les médias iraniens et arabes. En substance, les parties cessent les hostilités sur tous les fronts, y compris le Liban ; les États-Unis lèvent le blocus sous un mois, et l’Iran rouvre le détroit dans le même délai. Suivent 60 jours de négociations sur le programme nucléaire. En cas de succès, les États-Unis lèvent les sanctions (selon une fuite, ils dégèleraient immédiatement 24 milliards de dollars) et un plan de reconstruction d’au moins 300 milliards serait élaboré pour l’Iran.
Qu’est-ce que cela signifie pour les deux camps ?
Trump a renoncé à l’escalade et ramené la situation au statu quo de février 2026. Les États-Unis n’ont pas réussi à contraindre l’Iran à abandonner son programme nucléaire : la guerre avait éclaté en février, juste après des négociations sur ce sujet, et les deux camps reviennent désormais à la table avec le même résultat. L’Iran perd formellement son principal levier, le détroit rouvre, et le trafic y a nettement augmenté quelques heures à peine après la signature. La capacité balistique iranienne n’a pas non plus pu être détruite : selon des fuites du renseignement, Téhéran a conservé plus de la moitié de ses missiles.
La trêve est-elle solide ?
Les premières vingt-quatre heures ont apporté la réponse. Les négociations en Suisse ont été reportées et le déplacement du vice-président Vance n’a pas eu lieu. La pierre d’achoppement, c’est le Liban : ni Israël ni le Hezbollah n’ont signé l’accord, et l’Iran est prêt à risquer une reprise de la guerre pour défendre ses intérêts sur place. Dans la nuit du 19 juin, les combats se sont intensifiés, faisant au moins 18 morts et quatre soldats israéliens tués, et les Iraniens ne se sont pas rendus en Suisse, exigeant l’arrêt préalable des frappes israéliennes. En soirée, Israël et le Hezbollah ont conclu une trêve. L’issue des négociations sur l’uranium est elle aussi incertaine : selon des fuites, le renseignement américain a appris que Téhéran n’avait nullement l’intention de négocier.
Y avait-il des alternatives ?
Toutes les options militaires promettaient de lourdes pertes sans garantie de succès : une opération navale dans le détroit, avec des mois de combats et la perte de navires ; un blocus total avec la fermeture des ports ou la prise d’un terminal pétrolier ; un forçage « en douceur » du blocus, que Washington a précisément employé ; enfin, des frappes sur les infrastructures civiles, plus efficaces comme menace. Chaque option impliquait le passage à une véritable guerre de plusieurs mois, avec l’épuisement des stocks de munitions de précision. À cela, Trump n’était pas prêt.
Alors, Trump a-t-il perdu ?
Avant la guerre, les États-Unis faisaient pression sur Téhéran par la seule menace d’une campagne aérienne. Celle-ci a désormais eu lieu et n’a apporté aucun résultat stratégique. Le levier ne fonctionne plus, et Washington ne veut pas aller au-delà d’une guerre aérienne. L’Iran, lui, a montré que ses menaces étaient réelles en bouleversant l’ordre établi dans tout le Moyen-Orient pendant des mois, et son pouvoir paraît même plus solide qu’avant la guerre. Sur le papier, c’est une défaite américaine. Mais pour Trump personnellement, le résultat est acceptable : il a réglé l’essentiel, ne pas s’engager dans une guerre longue à la veille des élections. Reste une seule question : combien de temps la trêve tiendra-t-elle ?