Depuis la mi-juillet, la Russie a considérablement intensifié sa campagne contre les infrastructures portuaires ukrainiennes de la mer Noire. Les ports d’Odessa, de Tchornomorsk, de Ioujne et le port fluvial d’Izmaïl, sur le Danube, sont quasi quotidiennement la cible de frappes combinant drones, missiles de croisière et missiles balistiques.
Selon le ministère russe de la Défense, ces opérations visent les installations servant au stockage et au transbordement de matériel militaire, des ateliers de fabrication de drones, des dépôts logistiques, des systèmes de missiles côtiers Neptune-2, des réservoirs de carburant, mais également les navires marchands présents dans les ports ukrainiens.
Les conséquences sur le trafic maritime sont majeures. Depuis le 22 juillet, aucun navire commercial n’aurait emprunté le corridor maritime ukrainien menant aux ports d’Odessa. Les grands armateurs internationaux, dont Maersk et Hapag-Lloyd, ont suspendu leurs escales à Tchornomorsk. La Russie semble vouloir établir un blocus maritime total de la façade ukrainienne de la mer Noire.
Une mesure de rétorsion
Pour les autorités russes, cette offensive constitue avant tout une réponse aux opérations menées depuis plusieurs mois par l’Ukraine contre les infrastructures maritimes russes.
Depuis la fin de l’année 2025, les forces ukrainiennes ont en effet multiplié les frappes contre les ports russes de la mer d’Azov et de la mer Noire, ainsi que contre des pétroliers exportant du pétrole russe en violation des sanctions occidentales. Ces attaques auraient provoqué une hausse des coûts d’assurance et perturbé les exportations maritimes russes. Réponse du berger à la bergère, Moscou retourne désormais contre Odessa les mêmes méthodes que celles utilisées auparavant par Kiev contre les infrastructures portuaires russes…
Une pression économique majeure
Les conséquences économiques pourraient être considérables. Plus de 90 % des exportations agricoles ukrainiennes transitent habituellement par les ports de la région d’Odessa. La capacité d’exportation céréalière de l’Ukraine aurait déjà diminué d’environ un tiers, en pleine période de récolte. Les itinéraires alternatifs apparaissent insuffisants : le faible niveau du Danube limite le chargement des navires à Izmaïl, tandis que les capacités des ports roumains, notamment Constanța, ne permettraient pas d’absorber les volumes auparavant traités par Odessa.
Les marchés agricoles mondiaux commencent à réagir, et l’on constate une hausse sensible des cours mondiaux du blé, alimentant les inquiétudes quant aux conséquences de cette nouvelle phase de la guerre sur la sécurité alimentaire de nombreux pays importateurs.
Une nouvelle phase de la guerre
Au-delà des conséquences immédiates, cette campagne traduit une constance de la stratégie russe. Plutôt que de se lancer dans de grandes manœuvres militaires coûteuses en hommes, Moscou privilégie une stratégie d’attrition visant à neutraliser les capacités logistiques et économiques de l’Ukraine.
En frappant systématiquement les ports, les entrepôts, les dépôts de carburant et les navires marchands, la Russie transpose à la mer une méthode déjà employée sur le front terrestre : priver progressivement son adversaire de ses capacités d’approvisionnement – notamment en armes occidentales – plutôt que rechercher une victoire territoriale rapide.
Cette stratégie ouvre une nouvelle étape de la guerre en mer Noire. Après plusieurs mois durant lesquels l’Ukraine avait réussi à porter le conflit jusque dans les infrastructures maritimes russes, Moscou semble désormais vouloir inverser le rapport de force en faisant du commerce maritime ukrainien lui-même la principale cible de sa riposte.