La Lituanie a officiellement confirmé qu’elle mène des consultations avec les États-Unis sur le déploiement éventuel d’armes nucléaires américaines sur son territoire. C’est ce qu’a déclaré le ministre lituanien de la Défense, Robertas Kaunas, rapporte Politico. « Les discussions se poursuivent. La Lituanie, bien entendu, ne reste pas à l’écart », a-t-il indiqué à la presse.
Ces négociations interviennent sur fond de réduction programmée de la présence militaire américaine en Lituanie. Selon les autorités de Vilnius, le pays devrait voir partir près d’un millier de militaires américains — l’avenir de leur présence étant, selon elles, actuellement « en cours de réexamen ». Le déploiement d’armes nucléaires semble ainsi envisagé comme un moyen de compenser l’affaiblissement du soutien militaire conventionnel.
Le Financial Times a écrit cette semaine que Washington se disait, en principe, prêt à étudier le déploiement d’armes nucléaires en Pologne et dans les pays baltes. D’après le journal, il s’agirait de bombardiers capables d’emporter des ogives nucléaires. Une telle initiative viserait à convaincre les alliés des États-Unis au sein de l’OTAN que la réduction du contingent conventionnel n’entraîne pas un affaiblissement des garanties de sécurité.
Le principal obstacle est d’ordre juridique : la Constitution lituanienne interdit expressément le stationnement sur son territoire d’armes de destruction massive et de bases militaires étrangères. En mai, toutefois, le président du Seimas, Juozas Olekas, et le président de la Lituanie, Gitanas Nausėda, ont soutenu l’examen d’amendements qui lèveraient cette interdiction. Vilnius se dit donc prête à réviser sa Loi fondamentale en vue d’un éventuel accueil de l’arsenal américain.
À l’heure actuelle, les avions américains à double capacité, aptes à emporter des armes nucléaires, sont stationnés dans six pays de l’OTAN : la Belgique, le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Italie, les Pays-Bas et la Turquie. Aucun précédent de déploiement de telles armes n’existe à ce jour dans les États ayant rejoint l’Alliance après 1997.
Cette retenue tient à l’Acte fondateur OTAN-Russie de 1997, qui stipule que l’Alliance n’a « ni l’intention, ni le projet, ni de raison » de déployer des armes nucléaires sur le territoire de ses nouveaux membres. L’arrivée éventuelle d’ogives américaines en Lituanie constituerait de fait une rupture avec cette disposition.
De son côté, Moscou a déployé des armes nucléaires tactiques en Biélorussie, frontalière de la Lituanie, après le déclenchement de son invasion à grande échelle de l’Ukraine.