Il y a dix jours, Péter Magyar a battu Viktor Orbán lors des élections en Hongrie. Il n’a pas encore pris ses fonctions de Premier ministre (cela doit intervenir le 9 mai), mais il a déjà esquissé ses priorités clés, de la politique étrangère à la réforme des institutions internes.
Le signal principal est un tournant vers l’Occident. Magyar a promis de stopper le processus de retrait du pays de la Cour pénale internationale, engagé sous Orbán dans le contexte de la visite de Benjamin Netanyahou. Contrairement au gouvernement précédent, il a affirmé être prêt à respecter les décisions de la Cour, y compris l’éventuelle exécution d’un mandat d’arrêt.
Sur le plan européen, Magyar adopte une position plus pragmatique. Il a déclaré qu’il ne bloquerait pas le prêt de 90 milliards d’euros de l’UE à l’Ukraine. Il a toutefois précisé que les fonds hongrois ne seraient pas mobilisés dans ce mécanisme, cherchant à concilier les exigences de Bruxelles et les contraintes de la politique intérieure.
Parallèlement, il est intervenu dans le conflit énergétique autour de l’oléoduc « Droujba ». Le 20 avril, Magyar a appelé Kyiv à reprendre les flux de pétrole, et deux jours plus tard, Volodymyr Zelensky a annoncé la reprise du transit. Les livraisons étaient interrompues depuis fin janvier. Ce rétablissement rapide constitue le premier résultat concret de la nouvelle ligne politique. Dans le même temps, Magyar ne rompt pas avec Moscou : il a confirmé une approche de « coopération pragmatique » avec la Russie, soulignant que les intérêts économiques de la Hongrie seraient préservés. Néanmoins, sa victoire est déjà perçue comme un revers pour le Kremlin en Europe, Orbán étant considéré comme l’un de ses principaux alliés au sein de l’UE.
Sur le plan intérieur, Magyar a promis d’introduire une limitation à deux mandats pour le poste de Premier ministre, ce qui fermerait de facto la voie à un retour d’Orbán au pouvoir. Il a également exigé la démission de figures clés nommées par l’ancien gouvernement, dont le président Tamás Sulyok, leur donnant jusqu’à la fin du mois de mai avant de menacer de les démettre grâce à sa majorité constitutionnelle.
Autre priorité : la réforme des médias. Magyar a accusé les médias publics d’avoir servi les intérêts d’Orbán et a annoncé la suspension des programmes d’information, suivie de l’adoption d’une nouvelle loi sur les médias. Cette initiative s’inscrit dans la volonté de débloquer les financements européens, gelés en raison des préoccupations de Bruxelles concernant l’état de droit en Hongrie.
Le facteur économique reste central. Ces dernières années, le pays n’a pas reçu environ 17 milliards d’euros de fonds européens. Magyar a déjà échangé avec Ursula von der Leyen et promis d’accélérer les réformes nécessaires pour débloquer ces ressources. L’échéance pour remplir ces conditions est fixée à fin août, imposant un calendrier extrêmement serré au futur gouvernement.
Enfin, il a annoncé des changements institutionnels au sein de l’exécutif. En particulier, il prévoit de rétablir des ministères distincts de la santé et de l’éducation, qui avaient été intégrés sous Orbán au ministère de l’Intérieur.