Le 12 avril, des élections législatives ont eu lieu en Hongrie. À l’issue du scrutin, le parti « Fidesz » et son leader Viktor Orbán, au pouvoir depuis 16 ans, ont subi une défaite cuisante. Le parti d’opposition « Tisza » l’a emporté, obtenant une majorité constitutionnelle au Parlement. Son leader Péter Magyar deviendra le nouveau Premier ministre du pays. Voici ce que l’on sait de lui et comment les relations de la Hongrie avec la Russie et l’Ukraine pourraient évoluer sous son mandat.
Qui est Péter Magyar ?
Âgé de 45 ans, Magyar est né dans une famille étroitement liée au système politique hongrois. Sa mère occupait un poste élevé dans le système judiciaire, et plusieurs membres de sa famille faisaient partie de l’élite politique. Diplômé en droit, il a suivi une trajectoire institutionnelle en débutant sa carrière au sein des structures étatiques.
Au début des années 2000, Magyar a rejoint le parti « Fidesz » de Viktor Orbán, qu’il admirait depuis sa jeunesse. Il a travaillé au ministère hongrois des Affaires étrangères ainsi qu’auprès des représentations du pays auprès de l’Union européenne, sans toutefois occuper de fonctions de premier plan. Pendant longtemps, une figure plus visible était son ex-épouse, Judit Varga, qui a occupé le poste de ministre de la Justice. Le couple a divorcé en 2023.
Comment a-t-il réussi à battre Viktor Orbán ?
Le tournant a été la publication d’un enregistrement évoquant une possible ingérence de l’entourage d’Orbán dans une enquête pour corruption. À la suite de cela, Magyar a annoncé sa rupture avec « Fidesz » et a pris la tête du petit parti « Tisza », qu’il a rapidement transformé en principale force d’opposition.
Dans un contexte où les principaux médias étaient sous contrôle du pouvoir, il a misé sur les réseaux sociaux et sur des déplacements à travers le pays. Magyar a activement travaillé avec l’électorat régional et la diaspora hongroise, traditionnellement favorables à Orbán. Il a été perçu comme un « homme du système », capable d’en exploiter les failles. Dans une large mesure, le scrutin s’est transformé en vote contre « Fidesz » plutôt qu’en vote pour « Tisza ».
Comment va-t-il modifier les relations de Budapest avec Kiev et Moscou ?
Magyar défend des positions de centre droit et plaide pour un rapprochement avec l’Union européenne et les États-Unis. Il promet de débloquer les financements européens gelés et de renforcer la place de la Hongrie au sein des institutions occidentales. Il entend également augmenter les dépenses de défense conformément aux standards de l’OTAN.
Sa position sur l’Ukraine reste toutefois prudente. Il ne soutient pas les livraisons d’armes à Kiev et s’oppose à une adhésion accélérée de l’Ukraine à l’UE, insistant sur des critères identiques pour tous les candidats. Toute approbation éventuelle devrait, selon lui, être soumise à référendum.
Dans le même temps, l’Union européenne espère qu’avec Magyar, les tensions entre Budapest et Kiev diminueront, notamment sur les questions d’aide financière.
Concernant la Russie, il prône une approche pragmatique. Il ne s’agit pas d’une rupture brutale, mais d’une réduction progressive de la dépendance, notamment énergétique, tout en maintenant des canaux de communication fonctionnels.
Magyar est-il un populiste comme Orbán ?
Sur le plan des méthodes politiques, Magyar utilise effectivement des outils populistes. Cependant, les analystes soulignent une différence de nature entre son approche et celle d’Orbán. Là où ce dernier est souvent associé à un populisme autoritaire, Magyar est plutôt décrit comme représentant un « populisme démocratique », visant à réactiver les institutions.
Sa victoire comporte néanmoins une ambiguïté. D’un côté, elle ouvre la voie à une transformation du système politique. De l’autre, la majorité constitutionnelle donne à « Tisza » des pouvoirs quasi illimités dans un contexte où les contre-pouvoirs ont déjà été affaiblis. Autrement dit, Magyar hérite d’un niveau de concentration du pouvoir comparable à celui dont disposait Orbán.
À quelles contraintes sera-t-il confronté ?
Malgré la défaite électorale, « Fidesz » conserve une influence significative. Le parti dispose encore de positions dans les structures de l’État, dans les médias et au sein d’institutions clés. Le président du pays, Tamás Sulyok, est également considéré comme proche de l’ancien pouvoir. Par ailleurs, le style de leadership de Magyar suscite des interrogations. Il est critiqué pour la centralisation du pouvoir au sein de son parti et pour une forte personnalisation de la vie politique. Toutefois, même ses opposants reconnaissent que ces traits ont pu être déterminants dans sa capacité à affronter Orbán.