Davantage de navires qu’on ne pourrait le penser transitent par le détroit d’Ormuz bloqué, malgré les restrictions formelles. C’est la conclusion du Financial Times, qui décrit comment la logistique pétrolière mondiale s’adapte aux conditions du conflit militaire au Moyen-Orient.
Depuis fin février, l’Iran a fermé l’un des axes clés du commerce mondial de pétrole et de gaz. Pourtant, le blocus n’est pas total. Selon le journal, de brèves « fenêtres d’opportunité » apparaissent régulièrement dans la zone, permettant à certains navires de quitter le golfe Persique. Ces créneaux restent instables et peuvent se refermer en quelques heures, souvent plus vite qu’il n’en faut à un navire pour franchir le détroit.
C’est précisément l’une de ces fenêtres qu’a exploitée le tanker Akti A, lié à Maersk et transportant une cargaison pour Vitol. Le navire figurait parmi les premiers de la file et a réussi à traverser avant que l’Iran n’annonce à nouveau la fermeture du passage et ne déploie dans la zone les forces du Corps des gardiens de la révolution islamique. D’autres navires ont eu moins de chance : certains ont fait demi-tour après des tirs, d’autres n’ont pas pris le risque de poursuivre.
Même de légers retards peuvent s’avérer décisifs. Chez Swiss Marine, on indique qu’un de leurs navires avait reçu l’autorisation de passer, sans pouvoir en profiter à temps en raison de procédures de validation avec les propriétaires. Au moment où la décision a été prise, la situation avait déjà changé et le détroit était de nouveau fermé. Dans le même temps, certains trajets réussis génèrent des profits importants. L’un des derniers tankers à avoir franchi le passage transportait du pétrole pour Socar ; selon des sources du marché, l’opération s’est révélée particulièrement lucrative dans un contexte de flambée des prix et de pénurie d’approvisionnement.
Les négociants en pétrole reconnaissent que des routes subsistent, mais leurs modalités restent opaques. Le directeur de Mercuria, Marco Dunand, a affirmé qu’« il existe différentes manières » de traverser le détroit, sans en préciser la nature. Selon lui, le trafic se poursuit, mais sous une forme limitée.
L’une des stratégies consiste à s’appuyer sur des pays entretenant des relations de travail avec l’Iran. Comme le souligne le Financial Times, un traitement plus souple est accordé aux navires liés à la Chine, au Pakistan et à Oman. Ce dernier utilise son littoral comme itinéraire alternatif, permettant à certains convois de longer la côte. Ainsi, le tanker Dhalkut, lié à Oman, a pu quitter le golfe Persique au sein d’un convoi avec la participation de Trafigura. Pour l’entreprise, il s’agissait du seul départ réussi parmi plusieurs navires bloqués.
D’autres acteurs du marché recourent à des méthodes plus risquées. MSC Group a tenté de faire passer des navires en désactivant les systèmes de suivi. Certains ont réussi, mais deux d’entre eux ont ensuite été interceptés par les forces iraniennes pour violation des règles de navigation.
Enfin, la question d’éventuels paiements pour le transit reste floue. Des informations ont évoqué des exigences iraniennes de paiement, mais les principaux négociants affirment ne pas y avoir recours, en raison du risque de sanctions.