Mode Foncé Mode Clair

Le charbon, et non Ormuz : le véritable fondement de la sécurité énergétique de la Chine

Dans le contexte des discussions sur une possible fermeture du détroit d’Ormuz, l’idée selon laquelle la Chine serait l’un des principaux pays touchés en raison de sa dépendance aux importations de pétrole et de gaz revient de plus en plus souvent. Cet argument ne paraît logique qu’à première vue. En réalité, la sécurité énergétique de la Chine repose avant tout sur le charbon.

sécurité énergétique Chine charbon

La Chine consomme plus de la moitié du charbon mondial. Le charbon reste la principale source d’énergie pour l’industrie et le système électrique, garantissant stabilité, prévisibilité et indépendance face aux chocs extérieurs. Malgré une baisse progressive de sa part dans le mix énergétique (d’environ 64 % en 2015 à près de 50–52 % en 2025), sa consommation en valeur absolue continue d’augmenter. Cela signifie que la Chine en étend l’usage parallèlement au développement d’autres sources d’énergie.

sécurité énergétique Chine charbon

Après la crise énergétique et les turbulences géopolitiques de 2022, Pékin a procédé à une réévaluation stricte de ses priorités, entraînant une forte augmentation des capacités charbonnières. En 2024 seulement, environ 95 GW de nouvelles capacités au charbon ont été mises en service, un record sur la dernière décennie. À titre de comparaison, cela dépasse la capacité électrique totale installée du Vietnam.

La Chine construit progressivement ce que l’on peut qualifier d’« État électrique » — une économie où la ressource clé n’est plus le pétrole, mais l’électricité. Dans ce modèle, le charbon assure la charge de base (baseload), garantissant la stabilité du réseau, tandis que les énergies renouvelables, le nucléaire et l’hydroélectricité apportent flexibilité et transformation à long terme. Même si l’énergie solaire a atteint la parité de coût avec le charbon, cela ne change pas l’essentiel : les renouvelables ne peuvent pas encore remplacer totalement le charbon pour assurer une production industrielle continue.

Contrairement aux pays fortement dépendants des approvisionnements maritimes en pétrole, la Chine dispose d’un système d’importation diversifié. Le pétrole et le gaz proviennent de dizaines de pays, notamment la Russie, l’Asie centrale, le Moyen-Orient et l’Afrique. De plus, une part importante des flux transite par des routes terrestres (oléoducs et gazoducs), réduisant la dépendance aux points de passage maritimes comme le détroit d’Ormuz. Théoriquement, la seule Russie pourrait couvrir une part significative des importations pétrolières chinoises. À cela s’ajoutent la production nationale de pétrole et de gaz ainsi que le rôle croissant des réserves stratégiques.

La Chine investit activement dans les énergies renouvelables, le nucléaire et l’hydroélectricité, construisant un système énergétique multicouche. Toutefois, cette diversification ne signifie pas un abandon du charbon ; au contraire, elle s’articule autour de lui. C’est précisément le charbon qui garantit le niveau d’autonomie permettant à Pékin de considérer les risques énergétiques extérieurs, y compris une éventuelle fermeture du détroit d’Ormuz, comme maîtrisables.

Recevez une information neutre et factuelle

En cliquant sur le bouton « S'abonner », vous confirmez que vous avez lu et que vous acceptez notre politique de confidentialité et nos conditions d'utilisation.