Les élections législatives arméniennes se sont soldées par une victoire nette du parti au pouvoir du Premier ministre Nikol Pachinian, « Contrat civil ». Après le dépouillement des bulletins dans l’ensemble des 2 005 bureaux de vote, la formation a recueilli 49,81 % des suffrages. Le scrutin s’est déroulé dans un contexte de participation record pour ces dernières années — tout en étant marqué par des dizaines d’interpellations, des affaires pénales pour achat de voix et des accusations de pressions politiques formulées par l’opposition.
Qui entre au Parlement
Selon les résultats définitifs de la Commission électorale centrale, la deuxième place revient au bloc d’opposition « Arménie forte », dirigé par le milliardaire Samvel Karapetian, propriétaire du groupe industriel et de construction « Tachir », avec 23,29 %. Le bloc « Arménie » de l’ancien président Robert Kotcharian arrive troisième avec 9,94 %. Le parti « Arménie prospère » de l’homme d’affaires Gaguik Tsaroukian ferme la liste des forces qualifiées, n’ayant franchi que de justesse le seuil des 4 %. La formation d’opposition « Les Ailes de l’unité » de l’ancien médiateur Arman Tatoyan n’a pas atteint ce seuil.
Dix-huit forces politiques participaient au scrutin — seize partis et deux alliances. Le seuil était fixé à 4 % pour les partis isolés, à 8 % pour les blocs de deux à trois partis et à 10 % pour les regroupements de quatre partis ou plus. L’Arménie ne prévoit aucun seuil de participation.
Ce résultat permet au « Contrat civil » de former seul le gouvernement. Pachinian l’a annoncé aux journalistes avant même le dépouillement de la majorité des bulletins, soulignant que son parti avait obtenu davantage de voix qu’au scrutin précédent. Il ne disposera toutefois pas, avec les seuls mandats du premier tour, des sièges nécessaires pour modifier la Constitution.
La participation la plus élevée depuis des années
Le vote s’est tenu de huit heures à vingt heures, heure locale. Quelque 2,49 millions d’électeurs étaient appelés aux urnes ; près de 1,48 million se sont déplacés, soit une participation de 58,97 %. Un chiffre nettement supérieur à celui des élections anticipées de 2021, qui n’avaient mobilisé que 49,4 % des électeurs. Le scrutin de 2026 constitue par ailleurs les premières élections législatives ordinaires — et non anticipées — organisées en Arménie depuis 2017.
Pachinian : la tension avec la Russie est entretenue artificiellement
Pachinian a voté tôt le matin dans un bureau d’Erevan. Il a ensuite déclaré que la dégradation des relations avec Moscou observée avant le scrutin avait un caractère artificiel : selon le Premier ministre, les liens entre les deux pays reposent sur une base institutionnelle et un respect mutuel, et ce sont « certaines forces » au sein même de l’Arménie qui attisent les tensions. Il a assuré entretenir un contact étroit avec Vladimir Poutine et rappelé qu’il était impossible d’exclure Erevan de l’Union économique eurasiatique : les décisions y sont prises par consensus et l’Arménie y dispose d’un droit de veto.
Dans le même temps, le chef du gouvernement a évoqué le rapprochement avec l’Union européenne. Lors d’un point presse, il a indiqué que Bruxelles était prête à ouvrir le marché européen aux produits agricoles arméniens en franchise de droits de douane. Pachinian s’est référé à son entretien du 4 juin avec la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen : l’UE aurait alors promis à l’Arménie un train de mesures de soutien, comprenant une aide financière de plus de 50 millions d’euros et un accès facilité de certains produits au marché européen.
La période préélectorale a été marquée par de fortes pressions extérieures. Dans les semaines précédant le vote, la Russie a restreint l’importation de plusieurs produits agricoles arméniens, ainsi que du cognac et du vin — un geste largement interprété comme une forme de pression économique. Des analystes occidentaux ont relevé des campagnes de désinformation en ligne et la diffusion de récits présentant la coopération avec l’Europe comme une menace.
Karapetian a voté depuis son assignation à résidence
Le principal adversaire du Premier ministre, le chef d’« Arménie forte » Samvel Karapetian, est assigné à résidence. Le jour du scrutin, il a été conduit dans un bureau de vote d’Erevan, où il a pu voter. Le responsable politique a affirmé aux journalistes que les élections s’accompagnaient d’arrestations massives de ses partisans : selon lui, plus d’une centaine de personnes auraient été interpellées la veille, les arrestations se poursuivant le jour du vote. Karapetian a démenti les accusations d’achat de voix, s’est dit certain de l’emporter et a promis, en cas de victoire, de mener une politique étrangère équilibrée — entretenir de bonnes relations aussi bien avec les États-Unis qu’avec l’Union européenne et la Russie.
Des représentants du bloc ont par ailleurs affirmé que la police avait, selon eux, fait irruption illégalement dans les locaux d’« Arménie forte » à Gumri et interpellé trois personnes, sans laisser entrer les avocats. L’alliance y voit une tentative de paralyser son état-major.
Arrestations et affaires d’achat de voix
La journée du scrutin et sa veille ont été marquées par une forte activité des forces de l’ordre. Selon l’état-major du « Contrat civil » au pouvoir, près de 200 personnes ont été interpellées le 6 juin — jour de silence électoral — pour infraction à la législation électorale ; le chef de l’état-major, Araïk Haroutiounian, a fait état de plusieurs enquêtes et procédures ouvertes.
La Commission anticorruption d’Arménie a fait état d’irrégularités du côté d’« Arménie forte » : elle a ouvert une affaire pénale pour distribution de pots-de-vin électoraux par un candidat du bloc de Karapetian dans la région du Lori, et procédé à des arrestations et des perquisitions. La commission a ensuite indiqué avoir mis au jour, avec la police, un dispositif d’achat d’environ 45 électeurs pour un montant de 7,5 millions de drams — sept personnes ont été arrêtées dans le cadre de cette affaire.
À la mi-journée, la ligne d’assistance du ministère de l’Intérieur avait reçu 57 signalements d’irrégularités et 14 personnes avaient été interpellées. Le président de la Commission électorale centrale, Vahagn Hovakimian, a également annoncé l’arrestation de deux présidents et d’un secrétaire de commissions électorales, sans préciser de quelles affaires il s’agissait.