Mode Foncé Mode Clair
Qui gouverne vraiment l’union européenne ? L’essor de la gouvernance informelle
Zelensky joue-t-il la carte d’une fusion des conflits ukrainien et iranien ?

Zelensky joue-t-il la carte d’une fusion des conflits ukrainien et iranien ?

Guillaume de Sardes Guillaume de Sardes

La visite de Volodymyr Zelensky hier à Washington se limitait-elle à une simple quête de soutien militaire accru face à la Russie ? Le président ukrainien ne poursuit-il pas désormais un objectif bien plus ambitieux : faire fusionner la guerre en Ukraine avec le conflit américano-iranien en un seul et même théâtre stratégique, comme le laissent penser les frappes ukrainiennes du 25 juillet sur des navires iraniens en Mer Caspienne ?

Si les deux conflits venaient à se confondre, l’Ukraine cesserait d’être un simple bénéficiaire de l’aide américaine pour devenir un acteur à part entière de la confrontation menée par Washington contre Téhéran — tandis que les États-Unis, de leur côté, glisseraient du statut de fournisseur d’armes à celui de belligérant actif face à la Russie, sur un arc de crise étendu de la mer Noire à la mer Caspienne.

Une ligne rouge tenue par Biden, dépassée sous Trump ?

Depuis 2022, Kiev a constamment poussé l’OTAN à s’engager au-delà de la simple fourniture d’armements et de renseignements : zone d’exclusion aérienne, envoi de systèmes toujours plus sophistiqués, dépassement de ce que Zelensky jugeait être une prudence excessive face au risque d’escalade. L’administration Biden avait pourtant maintenu un principe constant : soutenir l’Ukraine sans jamais faire des États-Unis un belligérant direct contre la Russie — refusant troupes au sol, zone d’exclusion aérienne, puis ne cédant que progressivement sur les avions F-16 et les missiles longue portée ATACMS, par crainte d’une escalade nucléaire incontrôlable.

Le contexte a aujourd’hui changé. La guerre menée par Donald Trump contre l’Iran est un échec stratégique, en dépit de la supériorité militaire américaine : Téhéran a démontré sa capacité à étendre le conflit horizontalement, à infliger des pertes sur plusieurs fronts simultanés, et à contraindre Washington à défendre des intérêts éloignés des lignes de front initiales — maîtrisant l’escalade là où Trump manque à la fois d’options militaires et de patience diplomatique.

L’opportunité stratégique de Kiev

C’est précisément cette vulnérabilité que l’Ukraine pourrait exploiter. Plutôt que de se présenter comme dépendante de l’aide américaine, Kiev pourrait se positionner comme un allié capable d’aider Washington à transformer ce revers face à l’Iran en victoire. Deux arguments plaident pour cette idée : l’expertise ukrainienne en matière de guerre de drones, considérée comme l’innovation militaire ayant le plus rapidement évolué ces trois dernières années, et la possibilité d’ouvrir un nouveau front de pression sur l’Iran depuis la mer Caspienne — retournant ainsi contre Téhéran sa propre stratégie d’escalade horizontale, en la forçant à redistribuer des ressources déjà limitées.

Vue de Kiev, une telle offre changerait la nature même de la relation avec Washington : l’Ukraine passerait du statut de bénéficiaire de la générosité américaine à celui de sauveuse d’une Amérique en difficulté sur un autre front.

Un pari incertain, un risque d’escalade non maîtrisée

Si l’intérêt de cette manœuvre diplomatique est évident pour Kiev, elle comporte de grands risques. Tenter de résoudre un problème stratégique en élargissant le périmètre d’un conflit a toutes les chances de rendre les deux crises plus difficiles à résoudre simultanément plutôt que chacune de leur côté. La stratégie de Zelensky pourrait donc se révéler à double tranchant : elle offre à Kiev l’espoir de transformer une guerre d’usure en un enjeu stratégique global mobilisant davantage Washington, mais elle risque aussi de créer une coalition de crises dont personne ne contrôlerait plus véritablement la dynamique. En voulant fusionner les conflits ukrainien et iranien, l’Ukraine pourrait obtenir une place centrale dans le nouveau paysage géopolitique — au prix d’une dangereuse accélération de l’escalade entre puissances nucléaires.

Recevez une information neutre et factuelle

En cliquant sur le bouton « S'abonner », vous confirmez que vous avez lu et que vous acceptez notre politique de confidentialité et nos conditions d'utilisation.