La cheffe de l’opposition vénézuélienne et lauréate du prix Nobel Maria Corina Machado se prépare à rentrer au plus vite dans son pays. C’est ce que rapporte Bloomberg, citant ses sources.
Selon l’agence, Machado a tenté la semaine dernière de rejoindre depuis les États-Unis l’île de Curaçao avec l’aide de sous-traitants de sécurité privés, dans l’espoir de gagner ensuite le Venezuela. Une équipe d’accompagnement se préparait déjà à l’accueillir sur cette île néerlandaise au large des côtes vénézuéliennes, mais la responsable politique a annulé sa tentative après que l’administration de Donald Trump lui a fait comprendre qu’elle voyagerait à ses risques et périls, sans le soutien des États-Unis. Pour l’heure, selon ses propres mots, Machado se trouve au Panama, où elle est restée après que les autorités vénézuéliennes ont fermé l’espace aérien du pays pour tenter de bloquer son retour.
À Washington, il n’y a pas de consensus. Une partie de l’administration, dont le secrétaire d’État Marco Rubio, soutient sur le principe l’idée de ce retour, tandis qu’un certain nombre de responsables américains jugent le moment mal choisi. Selon le New York Times, deux représentants non identifiés de l’administration Trump ont qualifié son retour d’« inopportun », et l’un d’eux y a vu un « coup politique ». L’arrivée de Machado risque d’accentuer la polarisation politique, de déstabiliser la situation et de détourner les forces de l’opération de secours. La Maison-Blanche mise désormais sur une coopération de travail avec le gouvernement intérimaire. Washington a envoyé des secouristes, des médicaments et de l’aide humanitaire, et le département d’État a annoncé une enveloppe de 150 millions de dollars.
Le regain de tension a pour origine une catastrophe. Le 24 juin, le Venezuela a été frappé, à 39 secondes d’intervalle, par deux puissants séismes de magnitude 7,2 et 7,5, dont les épicentres se situaient dans l’État de Yaracuy. Selon les derniers bilans, plus de 1 430 personnes ont péri, des milliers ont été blessées et des victimes restent prisonnières des décombres. C’est précisément sur fond de deuil national que Machado a déclaré, dans un entretien à Fox News, que « le moment est venu », soulignant son devoir d’être aux côtés de ses compatriotes.
Pour la présidente par intérim Delcy Rodríguez, le retour de sa principale rivale revient à choisir : soit accueillir Machado en affichant l’unité nationale, soit s’exposer à l’accusation de restreindre l’espace politique en pleine catastrophe. Par ailleurs, le 3 juillet expire le délai constitutionnel imposant de constater l’« absence absolue » du président et de convoquer de nouvelles élections. Le décompte court depuis le 5 janvier 2026, date à laquelle Rodríguez a pris ses fonctions par intérim après la capture de Nicolás Maduro.
Ancienne députée, Machado s’était portée candidate à la présidence dès 2012 ; en 2024, elle est devenue l’une des figures de la contestation contre la réélection de Maduro, avant d’être écartée du scrutin. Elle est ensuite restée près d’un an dans la clandestinité pour échapper à une arrestation, puis a quitté secrètement le pays fin 2025. En octobre 2025, Machado a reçu le prix Nobel de la paix, décerné pour son combat en faveur d’une transition pacifique de la dictature vers la démocratie. Trump lui-même espérait cette distinction ; par la suite, la responsable politique a, selon ses dires, remis la médaille au président américain en signe de reconnaissance (le comité Nobel a rappelé que le prix n’est pas transmissible). En janvier 2026, les États-Unis ont renversé Maduro, mais Trump a publiquement mis en doute la capacité de Machado à diriger le pays, affirmant qu’elle n’avait « ni soutien ni respect » au Venezuela.