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Le Parti des cafards s’empare d’internet indien

En Inde, un mouvement politique au nom inattendu a vu le jour : le Cockroach Janta Party. Tout a commencé par un dérapage : lors d’une audience, le président de la Cour suprême du pays, Surya Kant, a comparé les jeunes chômeurs adeptes du journalisme et de l’activisme à des cafards et des parasites. Le juge a ensuite précisé qu’il ne visait que les détenteurs de faux diplômes.

Le nom CJP est une parodie directe du Bharatiya Janata Party, le parti du Premier ministre Narendra Modi, au pouvoir depuis 2014. Il ne s’agit pas d’une force politique officielle, mais d’un mouvement en ligne construit sur la satire. Les conditions d’adhésion sont simples et provocatrices : être sans emploi, paresseux, constamment connecté et exprimer son mécontentement de façon professionnelle.

Le parti a été fondé par Abhijit Dipke, spécialiste en communication politique et étudiant à l’université de Boston. Selon lui, c’était une blague. Mais la blague a échappé à tout contrôle : en quelques jours, le mouvement a récolté des milliers d’inscriptions via un formulaire Google, lancé le hashtag #MainBhiCockroach (« Moi aussi je suis un cafard ») et obtenu le soutien de leaders de l’opposition. Des sympathisants ont commencé à apparaître lors de manifestations déguisés en cafards.

La croissance du compte CJP sur Instagram s’est révélée phénoménale. Le 21 mai, le nombre d’abonnés a dépassé les 10 millions, contre 8,7 millions pour le BJP. Dès le lendemain, le Parti des cafards comptait près de 21 millions d’abonnés, tandis que le BJP en avait un peu plus de neuf. Dans le même temps, le compte CJP sur le réseau X a été bloqué « en réponse à une demande juridique ».

Derrière la satire se cachent des revendications bien concrètes : la responsabilité du pouvoir, la réforme des médias, la transparence électorale et l’élargissement des droits des femmes. Ces exigences côtoient des plaisanteries auto-ironiques sur le doomscrolling, le chômage et l’épuisement politique. Le parti se décrit comme « la voix des paresseux et des sans-emploi » et appelle ceux qui « en ont assez de faire semblant que tout va bien ».

La jeunesse occupe une place immense en Inde : environ la moitié des 1,4 milliard d’habitants ont moins de 30 ans. Mais leur participation réelle à la vie politique est infime — un sondage récent a montré que 29 % des jeunes Indiens évitent totalement la politique, et que seuls 11 % sont membres d’un parti. Le CJP est devenu le symbole de la lassitude accumulée d’une génération qui se confronte constamment à la politique en ligne, mais se sent rarement actrice de celle-ci.

Les critiques sont plus sceptiques. Ils soulignent que le fondateur du mouvement était auparavant lié au parti d’opposition Aam Aadmi, et qualifient le CJP de spectacle politique. Selon eux, le mouvement disparaîtra probablement aussi vite qu’il est apparu. Le pouvoir réel appartient toujours au BJP et au Congrès national indien, avec leurs millions de membres actifs. Des cafards sur internet, c’est une chose. Des cafards dans les urnes, c’en est une autre.

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