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Impérialisme américain et impotence européenne

Guillaume de Sardes Guillaume de Sardes

Avec l’enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro et de sa femme, nous venons d’assister à une nouvelle opération illégale menée par les États-Unis. Ce qui s’est produit ne relève pas d’un accès d’humeur de M. Donald Trump : il s’agit de l’aboutissement d’un projet de longue haleine, lui-même inscrit dans une logique impériale que l’administration américaine assume désormais crânement. Voilà la Charte des Nations Unies piétinée, sans même la gêne diplomatique qui accompagnait naguère ce type d’action. 

Car ce qui s’est passé à Caracas dans la nuit du 3 janvier n’a rien de nouveau. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ont mené des dizaines d’autres opérations de changement de régime. L’Iran (1953), le Guatemala (1954), le Chili (1973), le Panama (1989), l’Afghanistan (2001), l’Irak (2003), la Lybie (2011) en sont les exemples les plus connus. À chaque fois, la promesse d’un renouveau démocratique a laissé place à des années de chaos, de violence, d’effondrement économique et social. La Libye, pour ne prendre que cet exemple, demeure plongée dans la guerre civile plus d’une décennie après que son gouvernement a été renversé. Il faut être bien optimiste pour croire que le Venezuela échappera à ce schéma…

Dans le cas vénézuélien, l’hostilité américaine remonte à plus de vingt ans. Dès 2002, Washington soutenait une tentative de coup d’État contre M. Hugo Chávez. À partir de 2007, lorsque le Venezuela a renforcé son contrôle sur ses immenses réserves pétrolières – les plus importantes au monde, supérieures à celles de l’Arabie saoudite –, la confrontation s’est intensifiée. ExxonMobil, acteur central du pouvoir politique américain, aurait alors discrètement fait campagne pour un renforcement du régime de sanctions. La logique de « pression maximale » mise en place à partir de 2017 a provoqué un effondrement économique du pays : chute de 75 % de la production pétrolière, diminution d’environ 60 % du PIB par habitant. 

M. Donald Trump n’a fait qu’aller au bout de cette logique. Là où ses prédécesseurs masquaient leurs intentions derrière un discours « droit-de-l’hommiste » (les premières mesures punitives américaines remontent à la loi Venezuela Defense of Human Rights and Civil Society Act, adoptée par le Congrès et signée par le président Obama en 2014), lui consulte ouvertement les compagnies pétrolières et revendique une domination américaine sur tout le continent. 

À cette dérive impériale américaine répond une autre faillite : celle de l’Union européenne. Ni Mme Ursula von der Leyen, ni Mme Kaja Kallas n’ont cru bon de condamner la violation manifeste du droit international que constitue l’enlèvement d’un chef d’État étranger. Aucune indignation solennelle, aucune invocation des fameuses « valeurs européennes », aucun rappel au respect de la souveraineté des États. Leur pusillanimité n’est pas une surprise : elle s’inscrit dans une longue tradition de suivisme atlantiste.

L’Union européenne applique une fois de plus un deux poids deux mesures flagrant. Face à la Russie, les dirigeants européens multiplient les déclarations indignées aux accents bellicistes. Avec quel empressement ne se précipitent-ils pas vers les micros qu’on leur tend pour dénoncer toute atteinte à la souveraineté et à l’ordre juridique international ? Mais alors que ces mêmes principes sont bafoués par Washington, les voici soudainement muets. Il semble qu’à Bruxelles on rase les murs. 

La conséquence de cette abdication est prévisible : d’autres violations de la souveraineté des États viendront, y compris celles des États européens. L’annexion du Groenland par les États-Unis, autrefois perçue comme une provocation grotesque ou une lubie présidentielle, apparaît désormais plausible. Qui oserait encore en rire, en entendant M. Trump affirmer ne pas reconnaître la souveraineté danoise sur ce territoire ? En tolérant l’illégalité au Venezuela, l’Union européenne entérine le principe selon lequel la force prime sur le droit. Elle ne pourra pas feindre la surprise lorsque la même logique s’appliquera demain à l’un de ses territoires.  

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