Si, lors des élections à la Chambre des communes britannique, seules les femmes âgées de 18 à 50 ans votaient, le pays se réveillerait dans une toute autre réalité politique. Selon un sondage YouGov, la composition simulée du Parlement serait presque spectaculaire : environ les trois quarts des sièges reviendraient au Green Party of England and Wales et, avec le Labour Party, les « Verts » détiendraient près de 85 % des mandats. Les conservateurs et les formations de droite seraient relégués à la périphérie.

Il s’agit bien sûr d’un modèle hypothétique. Mais il illustre de manière frappante à quel point les préférences électorales des hommes et des femmes, en particulier des plus jeunes, divergent aujourd’hui. Ces dernières années, au Royaume-Uni comme dans de nombreux pays d’Europe et d’Amérique du Nord, un clivage de genre durable s’est installé. Les femmes votent de plus en plus pour des partis de gauche, tandis que les hommes se tournent davantage vers la droite ou les formations populistes de droite.
Cette fracture s’explique par plusieurs facteurs. L’économie joue un rôle important : les femmes travaillent plus souvent dans des secteurs où le soutien public est déterminant, de l’éducation à la santé. Les politiques sociales, de la garde d’enfants à la protection des droits du travail, influencent directement leur quotidien. La question climatique est également centrale : les femmes déclarent plus fréquemment être préoccupées par l’avenir écologique et soutiennent des mesures strictes de décarbonation.
Mais l’enjeu ne se limite pas à la protection sociale ou à l’écologie. Les partis « verts » en Europe ne sont plus depuis longtemps de simples mouvements environnementalistes. Au Royaume-Uni, le Green Party of England and Wales est devenu le porte-voix d’un programme résolument progressiste, allant d’une politique climatique ambitieuse aux questions d’identité de genre, de migration et de transformation du modèle économique. La formation occupe ainsi un espace autrefois dévolu aux mouvements de gauche plus traditionnels. Dans plusieurs pays européens, des militants issus des organisations de gauche des années 1970 ont effectivement rejoint les structures écologistes, déplaçant le discours de la lutte des classes vers celui du développement durable et des droits des minorités.
En face, on trouve les jeunes hommes. Ils expriment plus souvent leur mécontentement face à la stagnation économique, à la hausse des prix du logement et à un sentiment de perte de statut. Pour une partie d’entre eux, les partis conservateurs ou de droite deviennent un canal pour formuler cette frustration. Il en résulte une situation paradoxale : la jeune génération dans son ensemble ne devient ni « plus à gauche » ni « plus à droite » ; elle se divise simplement selon une ligne de fracture genrée.
À plus large échelle, cette dynamique pourrait devenir l’un des principaux axes de conflit politique dans les années à venir. Les démocraties occidentales ont déjà connu des clivages de classe, puis des fractures régionales et culturelles. Désormais, le facteur du genre s’impose de plus en plus nettement.
Le cas britannique est particulièrement révélateur, car le Royaume-Uni anticipe souvent des tendances qui se diffusent ensuite à travers l’Europe. Certes, la Chambre des communes est en réalité élue par l’ensemble du corps électoral. Mais le simple fait qu’un tel scénario soit envisageable, avec 75 % des sièges attribués à un seul parti situé à l’extrême gauche du spectre politique, témoigne d’une transformation profonde du paysage politique.