Au début de l’année 2026, l’Iran traverse l’une des crises les plus profondes de son histoire contemporaine. Le blocus économique, aggravé par un isolement diplomatique croissant, a déclenché une vague de manifestations nationales dont l’ampleur menace la stabilité même du régime.
L’Iran est l’un des grands producteurs de pétrole mondiaux, et les prix de « l’or noir » ont déjà réagi aux événements en cours. Quels risques et quelles opportunités les développements en Iran font-ils peser sur l’économie mondiale ?
Effondrement interne : inflation et dévaluation du rial
L’une des principales causes de la colère populaire est la chute brutale du pouvoir d’achat. Après une inflation de 32,5 % en 2024, les prix à la consommation ont augmenté de 42,4 % en 2025, et les prévisions du FMI pour 2026 n’anticipent pas de baisse en dessous de 40 %. Parallèlement, le rial iranien a atteint un niveau historiquement bas sur le marché libre, s’échangeant début 2026 autour de 1,45 million de rials pour un dollar américain.
Le ralentissement économique a contraint de nombreux commerçants à Téhéran à fermer leurs magasins, tandis que des manifestations de masse secouent les centres urbains. La répression de ces manifestations a eu des conséquences. Alors que de l’ONU avait déjà rétabli en septembre 2025 une série de sanctions visant l’Iran, l’Union européenne a adopté en janvier 2026 de nouvelles mesures restrictives visant 15 personnes physiques et 6 entités juridiques impliquées dans la répression.
Dans ce contexte d’instabilité intérieure et d’isolement international, l’évolution future de la situation dépendra largement de la capacité des autorités à stabiliser l’économie et à réduire les tensions sociales.
Énergie : un marché pétrolier sous extrême tension
L’Iran demeure un acteur clef du secteur énergétique, mais ses exportations deviennent de plus en plus instables. Bien que la Chine reste un client important et fiable, les infrastructures iraniennes sont vulnérables. Les grèves survenues à la raffinerie de Shahran en juin 2025 ont mis en évidence la fragilité du système de production.
Toute perturbation significative du détroit d’Ormuz, par lequel transite près de 20 % du pétrole mondial, constituerait un choc immédiat pour les marchés énergétiques. Les scénarios actuellement intégrés par les analystes évoquent un baril durablement au-delà de 90 dollars, avec un risque asymétrique clairement orienté à la hausse en cas d’escalade militaire. La perspective d’une action américaine contre l’Iran, même indirecte, n’est en effet pas exclue par les marchés, comme en témoignent la hausse des primes de risque et la volatilité des actifs liés à l’énergie.
Certes les discussions à Washington autour de l’arraisonnement de pétroliers iraniens et le renforcement du dispositif naval américain dans la région suggèrent une stratégie de pression graduée plutôt qu’un affrontement immédiat, mais cette approche pourrait conduire à une escalade non maîtrisée susceptible de provoquer couper temporairement certains flux pétroliers.
Compte tenu de ces facteurs, les actions liées à l’énergie, les ETF pétroliers et les marchés des matières premières pourraient connaître une volatilité accrue. Les anticipations de perturbations entraînent généralement des mouvements spéculatifs à court terme.
Réaction des marchés financiers
Les marchés financiers mondiaux connaissent également une forte turbulence dans un contexte de tensions croissantes entre les États-Unis et l’Iran, combinées aux inquiétudes liées à une possible paralysie du gouvernement américain.
Début février, l’indice Nasdaq 100 a reculé de 1,8 %, le S&P 500 de plus de 1,4 %, et le Dow Jones Industrial Average de 0,7 %. Les valeurs liées aux cryptomonnaies ont été particulièrement touchées : MSTR a chuté de près de 10 %, tandis que COIN a perdu près de 5 %.
Les actifs dits refuges ont montré une dynamique différente de celle observée précédemment : après une période de hausse, l’or s’est stabilisé autour de 2 150 dollars l’once (niveau plus conforme aux réalités de marché en 2026), tandis que l’argent s’est négocié autour de 27 dollars l’once, marquant une légère baisse après des pics de volatilité.
Risques régionaux et chaînes d’approvisionnement mondiales
L’instabilité iranienne a des répercussions bien au-delà de ses frontières. Des pays voisins comme l’Irak — qui importe pour 10,5 milliards de dollars de biens iraniens — et la Turquie — dépendante à 15 % du gaz iranien — sont confrontés à des risques sérieux de rupture d’approvisionnement.
Le détroit d’Ormuz et les corridors de transport vers l’Asie centrale constituent aujourd’hui des zones de risque critiques pour le commerce mondial. Les tensions militaires contraignent les compagnies maritimes et aériennes à effectuer des détours coûteux. Les avertissements de sécurité émis par les États-Unis en février 2026 à destination des navires transitant le long des côtes iraniennes soulignent la menace persistante pesant sur les flux logistiques internationaux.
Perspectives
En définitive, la trajectoire de cette crise dépendra des décisions politiques prises à Téhéran, à Washington et dans d’autres capitales mondiales. Qu’il y ait désescalade ou nouvelle confrontation dans les mois à venir, la situation en Iran restera un facteur de pression majeur sur les marchés de l’énergie, la stabilité régionale et les investisseurs internationaux.
Ainsi, pour les investisseurs, la situation iranienne en 2026 se présente comme à la fois risquée et porteuse d’opportunités. Le niveau élevé d’incertitude géopolitique, combiné à la volatilité potentielle des marchés de l’énergie et des actions, entraîne une hausse des primes de risque et impose une grande prudence dans les décisions d’allocation. Dans le même temps, les périodes de tension géopolitique tendent historiquement à soutenir les actifs liés aux matières premières et offrent des opportunités de couverture des portefeuilles. Elles peuvent également créer des points d’entrée attractifs pour l’acquisition d’actifs durablement sous-évalués à la faveur de corrections de marché, à condition d’adopter une perspective de long terme et une gestion rigoureuse du risque.