Alors que de hauts responsables militaires européens évoquent des dates précises pour une éventuelle attaque russe contre les pays de l’Alliance (le ministre allemand de la Défense Boris Pistorius parle de 2029, tandis que le renseignement estonien n’exclut ce scénario qu’à un horizon d’un à deux ans) Politico pose une question plus inconfortable : l’OTAN est-elle prête à faire la guerre dès maintenant ? La réponse, à en juger par les enseignements de la récente guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran, est non. Le média a interrogé des diplomates, des militaires et des experts, et a identifié cinq failles majeures de l’Alliance.
1. Une pénurie critique de munitions
La guerre contre l’Iran a mis en lumière la dépendance critique de l’OTAN à des stocks limités de missiles coûteux. Les États-Unis ont consommé la moitié de leurs réserves de missiles de défense aérienne Patriot. La France a averti que ses missiles Aster et Mica commençaient à s’épuiser dès les deux premières semaines des combats au Moyen-Orient. Les groupes de défense Rheinmetall et MBDA constatent une forte hausse de la demande face à une pénurie imminente.
La menace russe est particulièrement préoccupante : Moscou produit entre six et sept mille drones par mois. Si l’OTAN ne change pas de tactique, les alliés épuiseront leurs précieux missiles de défense aérienne en quelques semaines seulement. Les experts appellent à trouver des alternatives moins coûteuses, comme les missiles à guidage laser AGR-20, et à investir davantage dans la défense passive, notamment des abris en béton pour l’aviation.
2. La puissance aérienne surestimée
Malgré une campagne aérienne intensive menée par les États-Unis, l’Iran a réussi à tirer plus de cinq mille missiles et drones sur les pays du Golfe Persique. Pour les experts, cela démontre clairement que les bombardements aériens seuls ne suffisent pas à soumettre un adversaire. L’OTAN devrait, selon les analystes, revoir sa doctrine de suprématie aérienne et miser davantage sur des armes de précision à longue portée, notamment les missiles américains AGM-88G, capables d’atteindre des cibles jusqu’à 300 kilomètres.
3. Des flottes à l’abandon
La participation limitée des pays européens aux opérations dans le Golfe Persique a révélé des années de sous-financement des forces navales. L’exemple le plus éloquent : le Royaume-Uni a mis trois semaines à déployer le destroyer Dragon en Méditerranée, avant d’être contraint de le ramener au port en raison d’une panne technique. Le commandant en chef de la Royal Navy, Gwyn Jenkins, a reconnu en mars que la flotte britannique n’était tout simplement pas prête à la guerre. Le Canada a de son côté indiqué que moins de la moitié de sa flotte était en état de combattre. Or, dans un éventuel conflit avec la Russie, les forces navales joueront un rôle décisif, notamment pour traquer les sous-marins au large de la péninsule de Kola et neutraliser les navires porteurs de missiles de croisière Kalibr.
4. Des fissures au sein de l’Alliance
La guerre au Moyen-Orient a accentué les tensions internes à l’OTAN. L’Europe n’a pas soutenu les États-Unis à la hauteur de ce qu’exigeait Donald Trump, lui fournissant un nouveau prétexte pour critiquer l’Alliance. Dans ce contexte, les alliés s’interrogent de plus en plus : le président américain est-il prêt à honorer les obligations de l’article 5 en cas d’invasion russe ? L’ancien secrétaire général de l’OTAN Anders Fogh Rasmussen estime que l’Europe devrait adopter une position plus ferme et lier explicitement son soutien à l’ouverture du détroit d’Ormuz aux garanties de sécurité américaines. Selon lui, le temps de la flatterie est révolu.
5. L’Ukraine comme un atout
Dès les premiers jours de la guerre au Moyen-Orient, l’Ukraine a envoyé dans la région des spécialistes de la lutte contre les drones d’attaque iraniens Shahed et cela n’est pas passé inaperçu. Kiev a signé avec les pays du Golfe des accords de partenariat en matière de défense pour une durée de dix ans. Les experts conseillent à l’OTAN de tirer parti de cette expérience : créer une « ceinture » de systèmes anti-drones à la frontière avec la Russie et financer plus généreusement le programme UNITE — Brave NATO, dans le cadre duquel l’Ukraine transfère ses technologies de combat à ses alliés. Un diplomate européen a qualifié directement l’Ukraine de garant de la sécurité et la guerre contre l’Iran l’a confirmé.