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Iran export pétrole : revenus doublés malgré sanctions

Iran export pétrole : revenus doublés malgré sanctions

L’Iran gagne aujourd’hui presque deux fois plus grâce à ses exportations de pétrole qu’avant le début du conflit avec les États-Unis et Israël, malgré les sanctions et les risques militaires. Il « remporte en réalité la guerre énergétique », écrit The Economist.

Dans le contexte du conflit, les pays du Golfe persique font face à une baisse de leurs revenus et à une réduction de leur production. Les perturbations logistiques, les risques d’attaques et l’instabilité régionale ont frappé les exportateurs traditionnels. À l’inverse, l’Iran est parvenu non seulement à maintenir ses volumes d’exportation, mais aussi à augmenter ses revenus grâce à la hausse des prix et à la réorganisation de ses circuits commerciaux.

Les données exactes restent opaques en raison des sanctions et de la situation militaire. Selon certaines estimations, l’Iran exporte entre 2,4 et 2,8 millions de barils de pétrole et de produits pétroliers par jour, dont environ 1,5 à 1,8 million de barils de brut. Ces niveaux sont comparables, voire supérieurs à ceux de l’an dernier. Toutefois, les prix plus élevés permettent d’accroître significativement les recettes.

Officiellement, les exportations sont assurées par la National Iranian Oil Company, mais la réalité est bien plus complexe. Dans un contexte de pénurie de devises, le pétrole est devenu un véritable instrument de paiement. Sa commercialisation est assurée par différentes structures internes, allant des canaux diplomatiques aux forces de sécurité et aux fondations religieuses. Selon plusieurs sources, le contrôle des flux clés est concentré entre les mains d’un cercle restreint d’acteurs, dont beaucoup sont liés au Islamic Revolutionary Guard Corps. Depuis le début du conflit, le rôle du corps s’est renforcé, notamment dans le contrôle de la logistique, du trafic des tankers et de la sécurisation des routes maritimes.

Le détroit d’Ormuz occupe une place centrale dans ce dispositif. Véritable point névralgique de l’énergie mondiale, il est désormais étroitement surveillé par l’Iran, qui accompagne les tankers et sécurise les flux. Cela confère à Téhéran un levier stratégique sur les routes énergétiques globales.

Parallèlement, l’Iran développe des mécanismes sophistiqués pour contourner les sanctions. La flotte de tankers dissimule activement l’origine du pétrole : extinction des transpondeurs, falsification de documents, transferts de cargaison en mer, notamment au large de l’Asie du Sud-Est. Ces pratiques rendent les flux quasiment impossibles à tracer.

Le principal acheteur reste la Chine, qui absorbe plus de 90 % des exportations. Le pétrole iranien est acquis par des raffineries indépendantes, principalement dans la province du Shandong. Officiellement distinctes des grandes entreprises d’État, elles échappent ainsi aux sanctions, tout en restant de facto intégrées au système énergétique chinois.

Autre évolution notable : la réduction des rabais. Alors que l’Iran vendait auparavant son pétrole à prix fortement décoté, cette différence s’est largement atténuée. La baisse des approvisionnements en provenance d’autres pays du Golfe a soutenu la demande, rapprochant les prix iraniens des niveaux du marché.

Enfin, les circuits financiers ont été profondément adaptés. Les paiements transitent par des comptes fiduciaires temporaires dans de petites banques chinoises, ouverts au nom de sociétés écrans. Les fonds sont ensuite redistribués via une chaîne de comptes, contournant ainsi les restrictions. Ce système est contrôlé par des structures liées au secteur de la défense et au Islamic Revolutionary Guard Corps.

Au final, l’Iran a mis en place un modèle d’exportation flexible et décentralisé, bien moins vulnérable aux pressions extérieures. Les sanctions et les risques militaires n’ont pas freiné le secteur pétrolier, ils en ont accéléré la transformation.

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