Les États-Unis renforcent la pression sur leurs alliés au sein de l’OTAN afin de redéfinir le rôle de l’Alliance. Selon Politico, Washington considère l’OTAN comme une alliance strictement euro-atlantique de défense, sans missions au-delà de sa zone de responsabilité ni ambitions d’expansion globale.
Les États-Unis contre les missions de l’OTAN en Irak et au Kosovo
Les États-Unis insistent pour réduire plusieurs opérations de l’Alliance, notamment en Irak. D’après deux diplomates de l’OTAN cités par Politico, Washington aurait demandé la fin de la mission en Irak d’ici septembre 2026. L’opération avait été lancée en 2018 durant le premier mandat présidentiel de Donald Trump et élargie à la demande de Bagdad. Parmi ses objectifs figuraient la formation des forces de sécurité irakiennes et la lutte contre l’État islamique.
La position américaine est désormais claire : l’OTAN ne doit pas se consacrer à des projets de stabilisation extérieurs. Washington voit l’Alliance comme un mécanisme de défense collective, non comme un instrument de gestion globale des crises.
Les États-Unis auraient également signalé leur volonté de réduire la mission KFOR au Kosovo, en place depuis 1999 sur la base d’un mandat de l’ONU. Environ 4 500 militaires sont actuellement déployés dans la région.
Au sein de l’Alliance, ces perspectives suscitent des inquiétudes. La chercheuse senior de l’European Council on Foreign Relations, Angelushe Morina, a déclaré que la mission restait « indispensable » pour la sécurité des Balkans occidentaux. Un diplomate de l’OTAN a reconnu que la situation dans la région pourrait rapidement se détériorer.
Un porte-parole officiel de l’OTAN a indiqué à Politico qu’aucun calendrier précis n’avait été fixé pour la fin des missions, celles-ci étant « ajustées en fonction des circonstances ». Toute décision de lancement ou de clôture d’une opération nécessite l’accord des 32 États membres.
Les États-Unis opposés à la participation de l’Ukraine au sommet de l’OTAN
Selon Politico, Washington insiste également pour que l’Ukraine ne soit pas invitée au sommet de l’OTAN prévu en juillet à Ankara. Une position similaire concernerait les partenaires indo-pacifiques de l’Alliance : l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Japon et la Corée du Sud. Leur participation pourrait être limitée aux événements parallèles.
En interne, cette ligne est qualifiée de « retour aux paramètres d’usine », c’est-à-dire une réduction des activités dépassant la mission centrale de défense des États membres. Certains alliés s’y opposent, estimant que les partenariats sont essentiels pour renforcer la dissuasion et la sécurité collective.
« OTAN 3.0 » et nouvelle répartition des responsabilités
Lors de la réunion des ministres de la Défense à Bruxelles, le vice-secrétaire à la Défense Elbridge Colby a appelé à la création d’une « OTAN 3.0 ». Selon lui, les pays européens doivent assumer la responsabilité principale de la défense du continent.
Le ministre allemand de la Défense Boris Pistorius a affirmé qu’il était « temps » pour les Européens d’assumer davantage d’engagements.
En pratique, les États-Unis proposent un retour à la formule originelle de l’Alliance : la protection du territoire des États membres sans ambition de présence globale. Un tournant stratégique qui marque le passage d’un « OTAN global » à un bloc de défense plus classique, dans l’esprit de la guerre froide.