Le principal résultat du conflit militaire entre les États-Unis, Israël et l’Iran a été le blocage mutuel du détroit d’Ormuz. Le transit des navires y a chuté de 95%, tandis que les prix du pétrole et du gaz en Europe et en Asie ont augmenté de 35 à 60%. La crise a clairement montré comment la fermeture d’une seule route maritime peut ébranler l’ensemble du système du commerce mondial.
Dans ce contexte, l’attention mondiale s’est tournée vers un autre goulet d’étranglement stratégique — le détroit de Malacca, qui s’étend entre la Malaisie et l’Indonésie. La semaine dernière, le ministre indonésien des finances Purbaya Yudhi Sadewa, citant le précédent iranien, s’est publiquement interrogé : ne faudrait-il pas percevoir un péage sur les navires en transit ? Il s’est rapidement rétracté, mais l’idée avait déjà semé l’inquiétude sur les marchés et provoqué des réactions diplomatiques.
Pourquoi le détroit de Malacca est-il si important ?
Le détroit de Malacca est la route maritime la plus courte entre l’Asie de l’Est et le Moyen-Orient ainsi que l’Europe. Il s’étend entre la Malaisie et l’Indonésie ; la Thaïlande y donne accès au nord, Singapour au sud. Près de 22% du commerce maritime mondial transite par ce détroit.
La nomenclature des marchandises est exceptionnellement large : pétrole et gaz naturel liquéfié, charbon, huile de palme, minerai de fer. L’Administration américaine d’information sur l’énergie désigne les détroits de Malacca et d’Ormuz comme les principaux goulets d’étranglement du transit pétrolier mondial. Il est à noter que ces dernières années, davantage de pétrole a transité par le détroit de Malacca que par celui d’Ormuz.
Quelle est la vulnérabilité du détroit ?
Le détroit s’étend sur 800 kilomètres, mais sa largeur en son point le plus étroit n’est que de 2,7 kilomètres. À titre de comparaison, la largeur du détroit d’Ormuz en son point le plus étroit est de 34 kilomètres, soit 12 fois plus. Cela augmente considérablement le risque de collisions et d’échouages, notamment dans les zones les plus fréquentées.
Même des perturbations locales du trafic peuvent ralentir le passage des navires et renchérir significativement la navigation. Il existe théoriquement des routes alternatives à travers l’archipel indonésien, mais elles sont bien moins commodes et requièrent une navigation nettement plus complexe.
Qui contrôle le détroit ?
Le détroit de Malacca jouxte les eaux territoriales de la Malaisie, de l’Indonésie, de la Thaïlande et de Singapour. Ces quatre États le patrouillent conjointement. Cependant, en droit international, le détroit est classifié comme international : les États riverains n’ont pas le droit d’interrompre le transit ni de percevoir de droits de passage.
C’est précisément pour cette raison que les propos du ministre indonésien des finances ont eu un tel effet, même s’il s’en est rétracté presque immédiatement. Singapour et la Malaisie ont aussitôt déclaré que la question des péages n’était pas sérieusement envisagée. Néanmoins, le simple fait que cette idée ait été prononcée à voix haute a mis en lumière une anxiété qui couvait depuis longtemps dans la région.
Le « dilemme de Malacca » de la Chine
Aucun pays ne surveille le sort du détroit de Malacca aussi attentivement que la Chine. Premier importateur mondial de pétrole, elle dépend de manière critique des approvisionnements qui empruntent précisément cette route. Tout blocage, qu’il soit dû à une guerre, un accident, de la piraterie ou une crise politique, menace la Chine d’une grave pénurie d’énergie et d’un effondrement de ses échanges commerciaux.
Les dirigeants chinois ont pris conscience de cette vulnérabilité depuis longtemps et lui ont donné un nom : le « dilemme de Malacca ». La réponse a pris la forme d’une politique de diversification : construction d’oléoducs et de gazoducs depuis la Birmanie et la Russie, investissements dans des routes alternatives dans le cadre de l’initiative « Ceinture et Route », constitution de réserves stratégiques. Toutefois, la Chine n’est pas encore parvenue à se libérer de sa dépendance au détroit de Malacca et il est peu probable qu’elle y parvienne dans un avenir prévisible.