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La plus grande attaque contre la junte militaire au Mali : le ministre de la Défense tué

Le 26 avril 2025, le Mali a vécu l’une des attaques coordonnées les plus importantes de toute l’histoire du conflit en cours. Des rebelles touaregs et des islamistes liés à Al-Qaïda ont uni leurs forces pour la première fois et frappé simultanément cinq villes du pays, dont la capitale. Parmi les victimes figure le ministre de la Défense du Mali. Les mercenaires russes, qui soutiennent activement la junte militaire, ont eux aussi essuyé des tirs.

Le ministre de la Défense tué dans sa propre résidence

La principale cible de l’attaque était le ministre de la Défense Sadio Camara, âgé de 47 ans. Un kamikaze a foncé avec un véhicule piégé sur sa résidence à Kati, à 15 kilomètres de la capitale Bamako, où se trouve la principale base militaire du pays. Au cours des échanges de tirs qui ont suivi, le ministre a été grièvement blessé et est décédé à l’hôpital. Le Mali a décrété deux jours de deuil national.

Une frappe coordonnée à l’échelle du pays

Les attaques ont eu lieu simultanément dans cinq villes : Kati, Bamako (aéroport), Mopti, Gao et Kidal. Deux groupes ont revendiqué la responsabilité :

  • Le « Front de libération de l’Azawad » — des rebelles touaregs qui cherchent depuis des décennies à créer un État indépendant dans le nord du pays ;
  • « Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin » (JNIM) — un groupe armé affilié à Al-Qaïda.

Selon les diplomates et les analystes, une telle alliance entre séparatistes touaregs et djihadistes est sans précédent. Ces forces agissaient jusqu’alors séparément et s’affrontaient même parfois. Leur union modifie radicalement le rapport de forces dans la région.

Le gouvernement malien n’a pas communiqué le bilan exact des victimes, reconnaissant seulement que des morts sont à déplorer tant parmi les militaires que parmi les civils. Des sources antérieures faisaient état d’au moins 16 blessés.

La Russie au Mali : le « Corps africain » sous le feu

Depuis 2024, des mercenaires russes du « Corps africain » — structure du ministère de la Défense de la Fédération de Russie ayant succédé aux combattants du groupe Wagner, opèrent aux côtés de la junte militaire. Leur présence dans le pays est assumée : Moscou présente ce soutien comme une lutte contre le terrorisme.

Lors des attaques d’avril, les rebelles ont abattu un hélicoptère russe à l’aide d’un système de missiles sol-air. Selon des chaînes Telegram pro-guerre russes, les membres de l’équipage et les combattants du groupe d’appui-feu mobile à bord ont été tués. Le ministère de la Défense et le ministère des Affaires étrangères russes n’ont fait aucun commentaire officiel.

Le média d’État « Vesti.ru » a néanmoins rapporté que le « Corps africain » « continue de repousser les attaques des islamistes » aux côtés des forces de sécurité maliennes, et que ses combattants ont « habilement organisé la défense du palais présidentiel ». Fidèle à ses habitudes, la propagande russe a également affirmé que des « mercenaires ukrainiens » avaient été repérés parmi les combattants, sans aucune preuve à l’appui. Le ministère des Affaires étrangères russe, de son côté, a laissé entendre que des « structures de force occidentales pourraient avoir participé à la préparation des groupes armés ».

Kidal : une défaite symbolique

Le sort de la ville de Kidal mérite une attention particulière. Ce bastion stratégique du nord, repris aux touaregs par les militaires maliens et les mercenaires russes en 2023, serait de nouveau passé sous le contrôle des rebelles lors des combats d’avril : selon leurs représentants, les forces maliennes et les mercenaires russes ont bénéficié d’une « sortie pacifique » et se sont retirés.

Le chef d’état-major général, le général Oumar Diarra, a confirmé le repli de l’armée vers Anéfis, à environ 100 kilomètres au sud de Kidal, qualifiant l’événement de « redéploiement tactique ». Les opérations dans la zone, a-t-il précisé, se poursuivent. Si Kidal est effectivement retombé sous le contrôle des rebelles, ce serait une défaite symbolique douloureuse, tant pour la junte que pour ses alliés russes.

Contexte : une décennie de guerre

Le Mali est plongé dans un conflit armé depuis plus de dix ans. La junte militaire, arrivée au pouvoir à la suite d’un coup d’État en 2021, a rompu ses liens avec ses partenaires occidentaux et misé sur la coopération militaire avec la Russie. Pourtant, malgré la présence de mercenaires russes et de vastes opérations contre-insurrectionnelles, la stabilisation du pays n’a pas été atteinte.

Les attaques d’avril ont clairement démontré que l’union des nationalistes touaregs et des groupes islamistes est capable de créer une menace à laquelle le régime actuel, malgré tout le soutien russe, peine à faire face. Les rebelles ont d’ores et déjà appelé Moscou à « reconsidérer son soutien à la junte militaire », l’accusant de provoquer des souffrances parmi la population civile.

Le Mali se trouve au seuil d’un nouveau cycle du conflit, encore plus dangereux.

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