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Ancien ministre ukrainien de l’Énergie arrêté : énergie en temps de guerre et corruption

Le ministère de l’Énergie de l’Ukraine, dirigé par Herman Halouchtchenko, n’a pas respecté les délais de construction de la troisième ligne de protection destinée aux infrastructures critiques. Dans le même temps, selon l’enquête, un vaste système de corruption opérait dans le secteur, permettant de détourner des millions de dollars. À la mi-février, les détectives du Bureau national anticorruption d’Ukraine ont arrêté l’ancien ministre alors qu’il tentait de quitter le pays pour la Pologne. Le tribunal l’a placé en détention provisoire avec possibilité de libération sous caution fixée à plusieurs centaines de millions de hryvnias. Halouchtchenko rejette les accusations.

Son parcours reflète l’évolution du système politique ukrainien des vingt dernières années. Juriste de formation, il a commencé sa carrière au sein de l’administration présidentielle sous Leonid Koutchma, a conservé ses fonctions sous Viktor Iouchtchenko, puis a rejoint le ministère de la Justice sous Viktor Ianoukovitch. Il entre dans le secteur énergétique en 2013 en devenant cadre dirigeant de l’entreprise publique Energoatom. Les médias l’ont alors associé à l’influent homme politique Andriy Derkach, qui s’est ensuite installé en Russie où il a obtenu un poste politique. Halouchtchenko a affirmé ne plus entretenir de contacts avec lui.

Après la victoire de Volodymyr Zelensky en 2019, il est revenu au premier plan politique. D’abord conseiller dans le bloc économique, puis vice-président d’Energoatom, il est nommé ministre de l’Énergie en avril 2021. Sa nomination a suscité des critiques de l’opposition et des mises en garde contre une concentration excessive du pouvoir. Au fil des années, les conseils de surveillance indépendants, mis en place avec le soutien des partenaires occidentaux, ont été progressivement écartés, tandis que des proches du ministre occupaient des postes clés.

L’invasion à grande échelle a fait du secteur énergétique une cible stratégique des frappes russes. La protection des installations est devenue une question de sécurité nationale. Le gouvernement avait promis un système de défense en trois niveaux — des solutions mobiles aux structures massives en béton. Or, à l’automne 2025, les installations du troisième niveau n’étaient achevées qu’à moitié. Durant l’hiver 2025–2026, le pays a de nouveau subi d’importantes coupures. Dans ce contexte, les accusations de détournements ont pris une résonance particulière.

Parallèlement, les scandales se multipliaient autour du ministère. Plusieurs responsables ont été mis en cause pour extorsion de pots-de-vin en échange d’autorisations d’évacuation d’équipements depuis les zones de combat. Un projet controversé d’achat de réacteurs pour la centrale de Khmelnytskyï a également alimenté les débats. À l’été 2024, le ministre avait publiquement nié un grave incident à la centrale du sud de l’Ukraine, mais les experts de l’AIEA ont confirmé l’arrêt d’un des réacteurs. Les pertes de crédibilité se sont accumulées.

À l’automne 2025, le NABU a lancé l’opération d’envergure « Midas ». Selon l’enquête, un réseau de corruption opérait dans le secteur énergétique, avec un rôle central attribué à l’homme d’affaires Timur Mindich, proche des plus hauts cercles politiques. Les fonds obtenus par le biais de rétrocommissions et de manipulations contractuelles auraient été transférés via des structures offshore. Lors de l’audience, le chiffre de neuf millions de dollars, que Halouchtchenko aurait perçus entre 2020 et 2025, a été évoqué. Il conteste ces accusations. En novembre, des perquisitions ont eu lieu au domicile de l’ancien ministre. Il a ensuite été suspendu de ses fonctions de ministre de la Justice, poste qu’il occupait depuis l’été 2025. Dans la nuit du 14 au 15 février 2026, il a été arrêté à bord du train Kyiv–Varsovie. Le tribunal a ordonné son placement en détention avec une caution fixée à 425 millions de hryvnias. La Commission européenne a salué cette arrestation comme la preuve que les institutions anticorruption ukrainiennes continuent de fonctionner malgré la guerre.

Les indices de popularité du pouvoir fluctuent dans un contexte de crise énergétique et de fatigue liée à la guerre. Les sondages montrent toutefois un soutien important aux organes anticorruption : le niveau de confiance envers le NABU dépasse celui accordé à la plupart des autres institutions publiques. Une tentative de limiter l’indépendance du système anticorruption à la fin de 2025 a provoqué des manifestations et a été annulée une semaine plus tard.

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