Les États-Unis ont lancé une opération, longuement préparée, visant à lever par la force le blocus du détroit d’Ormuz. Il est difficile de dire si la Maison-Blanche comptait vraiment sur des négociations fructueuses avec les nouvelles autorités iraniennes ou si elle les utilisait comme couverture pour préparer une opération militaire. Un fait est établi : les négociations ont échoué, et la marine et l’armée américaines passent désormais à une nouvelle phase de la guerre.
L’objectif est de sortir du conflit avec un minimum de pertes sur le plan de la politique étrangère. Téhéran ne doit tirer aucun avantage de la situation : l’Iran ne doit pas contrôler la navigation dans le détroit d’Ormuz et doit être privé de la capacité de frapper ses voisins. C’est à cette seule condition que les États-Unis pourront quitter ce conflit mal planifié sans en payer le prix politique.
Pourquoi le détroit est si important
Avant la guerre, une part considérable de la consommation mondiale de pétrole, de gaz et d’engrais transitait par le détroit d’Ormuz. La fermeture de cette voie a déjà provoqué une crise dans les pays d’Asie du Sud, une pénurie mondiale de carburant aviation et une accélération de l’inflation à travers le monde.
Pour les nouvelles autorités iraniennes, le contrôle du détroit est le symbole de la victoire dans cette guerre et une source de compensation pour les destructions qu’elle a causées. Téhéran revendique de fait un contrôle économique et politique sur l’ensemble du golfe Persique. C’est précisément pourquoi l’administration Trump ne peut pas simplement annoncer la victoire et partir : ses alliés du Golfe ne l’accepteraient pas.
Ce qu’est le «Projet Liberté» et ce qui reste flou
L’administration Trump a baptisé l’opération de déblocage du détroit «Projet Liberté». Ce que cela recouvre exactement n’était pas clair dès le départ : les militaires et les responsables américains en ont donné deux descriptions différentes. Le Commandement central des États-Unis et Trump lui-même ont affirmé que le détroit serait ouvert par la force, les navires de la marine et l’aviation escorteraient les bâtiments civils. Dans la foulée, des responsables anonymes ont précisé au Wall Street Journal que le recours à la force n’était pas encore à l’ordre du jour, et que le «Projet Liberté» commencerait par des mesures financières : subventions aux assurances et démarches similaires.
Le 4 mai, premier jour du «projet», des destroyers américains sont entrés dans le détroit, probablement à titre de test, et non pour convoyer des navires civils. L’Iran a répondu immédiatement et de manière prévisible. Plusieurs navires civils ont été attaqués par des drones et des vedettes rapides, des tentatives ont été faites pour frapper les destroyers américains eux-mêmes, et des dizaines de missiles et de drones ont été lancés sur le territoire des Émirats arabes unis, notamment contre la raffinerie de Fujairah, qui a pris feu. Les frappes ont continué le 5 mai. Le bilan du premier jour : fermeture totale du détroit, même les armateurs et les équipages les plus enclins à prendre des risques ont renoncé à forcer seuls le blocus.
Les menaces iraniennes
La tâche des États-Unis est militairement complexe pour une raison fondamentale : l’Iran n’a pas besoin de couler tous les navires ni de détruire tous les bâtiments de guerre pour maintenir le blocus, il lui suffit de frapper régulièrement pour réduire radicalement le trafic. Les États-Unis, eux, doivent neutraliser toutes les menaces simultanément.
L’arsenal iranien comprend des vedettes légères et des bateaux sans équipage, des drones à guidage vidéo, des mines marines, y compris magnétiques, et des missiles de croisière antinavires positionnés le long de tout le littoral, notamment dans des bunkers creusés sous les montagnes. La plupart des mouilleurs de mines spécialisés ont été détruits, mais la pose de mines reste possible depuis n’importe quel navire, y compris civil. En février, Reuters rapportait que l’Iran cherchait à se procurer des missiles de croisière supersoniques chinois en contournant l’embargo sur les armes, ils représenteraient une menace sérieuse pour la marine américaine.
Le plan de forcement du blocus
Selon l’évaluation du contre-amiral à la retraite Mark Montgomery, ancien commandant du porte-avions George Washington, l’opération devrait se dérouler en plusieurs phases successives. D’abord, au moins deux semaines de frappes aériennes et navales massives contre les dépôts de drones, les lanceurs de missiles antinavires, les vedettes lance-missiles et les mouilleurs de mines. Ensuite, le déploiement de destroyers à missiles guidés équipés du système Aegis, ainsi que de navires de combat littoral pour le déminage. Et seulement alors, un premier convoi expérimental composé d’un petit nombre de pétroliers, escorté par des destroyers et une couverture aérienne : hélicoptères, avions d’attaque A-10 et chasseurs équipés de missiles guidés bon marché pour neutraliser les drones.
Au total, la protection des convois et des ports de la région nécessiterait environ 12 à 14 destroyers à missiles guidés, estime Montgomery. Sur la quarantaine de bâtiments théoriquement disponibles, la moitié se trouve actuellement en réparation ou en modernisation.
Pourquoi le plan est risqué et pourquoi Trump hésite
Le détroit d’Ormuz est étroit : le chenal principal passe à environ 30 kilomètres du littoral iranien. Un missile lancé depuis 10 à 15 kilomètres de la côte atteint le convoi en 80 à 90 secondes — «très inconfortable», selon l’expression de Montgomery. Si l’Iran parvient à tirer simultanément huit missiles ou plus, les conséquences pourraient être critiques.
Le second risque est économique. Même si la marine minimise les pertes parmi les navires civils, le simple fait d’attaques périodiques rendra les assurances prohibitivement chères. De nombreux armateurs préféreront payer l’Iran pour un passage sûr plutôt que de s’assurer aux tarifs de guerre. Dès le mois de mars, les États-Unis avaient tenté de subventionner les assurances de guerre par l’intermédiaire de la Société américaine de finance et de développement international, sans succès : les armateurs refusaient tant que les risques de perdre navires et équipages restaient hors normes.