Le 12 avril, des élections législatives auront lieu en Hongrie. Viktor Orbán, pour la première fois en seize ans, risque de perdre le pouvoir. Cependant, même en cas de défaite de son parti, il est peu probable que le cap politique du pays change radicalement dans les prochaines années.
Selon les derniers sondages, le parti au pouvoir, Fidesz, est devancé par l’opposition, Tisza, dirigée par Péter Magyar. Néanmoins, Orbán demeure l’un des dirigeants les plus expérimentés d’Europe et dispose d’un large éventail d’outils pour conserver le pouvoir, allant du contrôle des médias aux spécificités du système électoral.
Comment le Fidesz est resté si longtemps au pouvoir
Après sa victoire aux élections de 2010, le parti d’Orbán a obtenu une majorité constitutionnelle. Dès 2011, une réforme du système électoral a été adoptée, renforçant le rôle des circonscriptions uninominales et consolidant de facto l’avantage du Fidesz lors des scrutins suivants. En pratique, cela signifiait que même avec une baisse du soutien, le parti continuait à obtenir un nombre de sièges disproportionné. Ainsi, en 2014, le Fidesz a recueilli moins de voix qu’en 2010, tout en conservant les deux tiers des sièges au Parlement. Une situation similaire s’est reproduite en 2018 et en 2022.
Un autre facteur clé a été le travail sur l’électorat. La base principale du parti se compose des habitants des zones rurales et des petites villes, ainsi que des électeurs plus âgés. Ces groupes sont particulièrement réceptifs à la rhétorique sur la souveraineté nationale et les valeurs traditionnelles.
Les Hongrois ethniques vivant à l’étranger jouent également un rôle important. Après la simplification des procédures de naturalisation, des centaines de milliers de personnes ont obtenu le droit de vote. La majorité d’entre elles soutient le Fidesz, ce qui confère au parti un avantage significatif. Par ailleurs, les autorités recourent à des méthodes plus controversées, comme le « tourisme électoral », qui permet de mobiliser des électeurs dans des circonscriptions clés, ainsi que des pratiques de soutien matériel aux électeurs dans les régions les plus pauvres.
Le contrôle des médias constitue un autre pilier du système. Après 2010, la publicité publique a été presque entièrement redirigée vers des médias favorables au gouvernement. En 2018, le groupe médiatique KESMA a été créé, regroupant des centaines de publications. Aujourd’hui, une grande partie de l’espace médiatique est sous influence gouvernementale.
Les raisons du mécontentement
Malgré la stabilité apparente du système, le mécontentement au sein de la société augmente. Les jeunes et les habitants des grandes villes sont particulièrement critiques à l’égard du pouvoir.
L’une des principales raisons réside dans la situation économique. La croissance ralentit, le déficit budgétaire augmente et la dette publique reste élevée. À cela s’ajoute le conflit avec l’Union européenne, qui a conduit au gel de fonds importants.
La question de la corruption reste également centrale. Le cas de l’homme d’affaires Lőrinc Mészáros, dont la fortune a explosé après l’arrivée d’Orbán au pouvoir, est devenu emblématique. L’opposition y voit la preuve d’un système fondé sur le clientélisme et l’inégalité d’accès aux ressources.
Pourquoi l’opposition a une chance
Lors des élections précédentes, la principale faiblesse de l’opposition était sa fragmentation. Cette situation a évolué ces dernières années, notamment avec l’émergence de Péter Magyar. Ancien proche d’Orbán, il a réussi à fédérer rapidement l’électorat protestataire et à proposer une ligne plus pragmatique. Son parti, Tisza, met l’accent sur la lutte contre la corruption, la normalisation des relations avec l’Union européenne et la réforme des institutions. Dans le même temps, Magyar évite les positions idéologiques trop tranchées et adopte, sur certains sujets, des positions proches de celles du Fidesz, notamment sur l’immigration ou la prudence vis-à-vis du soutien militaire à l’Ukraine. Cela lui permet d’attirer une partie de l’électorat conservateur.
La Russie et l’Ukraine au cœur de la campagne
Les relations avec la Russie et la guerre en Ukraine constituent l’un des thèmes centraux de ces élections. L’opposition accuse le gouvernement de proximité excessive avec Moscou, en évoquant les contacts entre le ministre des Affaires étrangères Péter Szijjártó et Sergueï Lavrov, ainsi que le dialogue entre Orbán et Vladimir Poutine.
En réponse, le gouvernement construit sa campagne autour de la sécurité. Orbán se présente comme le garant de la stabilité et de la paix, capable d’éviter une implication du pays dans le conflit. Dans cette logique, une victoire de l’opposition est présentée comme un risque de déstabilisation. Dans la communication pro-gouvernementale, Volodymyr Zelensky est fréquemment mis en avant comme symbole de cette menace.
Qui va gagner et que se passera-t-il ensuite
L’issue du scrutin dépendra en grande partie des électeurs indécis, dont la proportion reste importante. Cependant, même une victoire de Tisza ne garantirait pas des changements rapides. Le système politique construit au cours des années Orbán demeure solide. Les principales institutions, y compris judiciaires et de contrôle, restent largement sous l’influence de ses alliés. L’emprise sur les médias persiste également. Par ailleurs, un éventuel nouveau gouvernement devra faire face à des contraintes économiques importantes. Sans soutien de l’Union européenne, la mise en œuvre de réformes sera difficile, et celles-ci pourraient être bloquées par l’opposition.