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Ali Khamenei tué. Il a dirigé l’Iran pendant près de quatre décennies. Voici ce qu’ont été ces années

Le 28 février, le guide suprême de l’Iran, Ali Khamenei, a été tué lors d’une opération conjointe des États-Unis et d’Israël. Selon des sources au sein des services de renseignement des deux pays, l’aviation israélienne a frappé un bâtiment à Téhéran où se tenait une réunion avec les principaux dirigeants militaires de la République islamique. Tous les participants à la réunion ont été tués. Khamenei avait 86 ans.

Il occupait le poste de rahbar, c’est-à-dire de guide suprême religieux et politique de l’Iran, depuis 1989, après la mort du fondateur de la République islamique, l’ayatollah Rouhollah Khomeini. Avec près de 37 ans au pouvoir, Khamenei était l’un des dirigeants autoritaires ayant gouverné le plus longtemps dans le monde contemporain.

Du fils de religieux au révolutionnaire

Ali Khamenei est né en 1939 à Machhad, grand centre religieux du nord-est de l’Iran. Sa famille appartenait au clergé chiite d’origine azérie. À la fin des années 1950, il part étudier dans les écoles religieuses de Qom, principal centre théologique du pays.

L’un de ses maîtres était Rouhollah Khomeini, futur leader de la Révolution islamique. Le jeune Khamenei s’implique rapidement dans l’activité politique clandestine contre le régime du shah Mohammad Reza Pahlavi. Comme beaucoup de révolutionnaires islamistes de sa génération, il combine convictions religieuses, anti-impérialisme et islam politique.

À cette époque, il traduit en persan plusieurs textes de Saïd Qutb, penseur égyptien et idéologue des Frères musulmans. Pour ses activités politiques, il est arrêté à plusieurs reprises et passe plusieurs années en exil intérieur à Iranshahr, dans le sud-est de l’Iran.

La révolution et l’ascension rapide

Après la Révolution islamique de 1979, qui renverse la monarchie des Pahlavi, Khamenei fait partie des jeunes responsables qui montent rapidement dans la nouvelle hiérarchie du pouvoir. Son rapprochement avec Khomeini est facilité par le soutien de figures influentes du régime révolutionnaire, notamment Akbar Hachemi Rafsandjani.

Les premières années de la République islamique sont marquées par une violente lutte interne. Des groupes armés d’opposition tentent d’assassiner plusieurs dirigeants du nouveau régime. En 1981, Khamenei est gravement blessé lors de l’explosion d’une bombe dissimulée dans un magnétophone pendant un sermon à la mosquée Abouzar de Téhéran.

Deux mois plus tard, un autre attentat tue le président iranien Mohammad Ali Radjaï et le Premier ministre Mohammad Javad Bahonar. Khamenei remporte alors l’élection présidentielle anticipée avec 97 % des voix, alors qu’il passe une grande partie de la campagne à l’hôpital pour se remettre de ses blessures. Il devient ainsi le premier religieux à occuper la présidence de la République islamique.

Un président en temps de guerre

La présidence de Khamenei coïncide avec l’une des périodes les plus dramatiques de l’histoire iranienne : la guerre Iran-Irak (1980-1988). Saddam Hussein attaque l’Iran peu après la révolution, espérant profiter du chaos pour s’emparer de la province pétrolière du Khouzistan.

L’Iran parvient à stopper l’invasion puis passe progressivement à la contre-offensive. La direction iranienne envisage alors de marcher sur Bagdad et de renverser Saddam Hussein.

La guerre devient cependant extrêmement coûteuse. Selon plusieurs témoignages, c’est Khamenei qui persuade Khomeini d’accepter un cessez-le-feu en 1988. L’ayatollah qualifiera plus tard cette décision de « coupe de poison » qu’il a dû boire.

Un successeur inattendu

Lorsque Khomeini meurt en juin 1989, Khamenei n’apparaît pas comme un successeur naturel. Il ne possède pas l’autorité religieuse nécessaire pour occuper la fonction de guide suprême.

Mais l’élite iranienne cherche alors une figure de compromis. Le principal promoteur de sa candidature est Akbar Hachemi Rafsandjani, alors président du Parlement.

Pour permettre son élection, la Constitution est modifiée afin de supprimer l’exigence selon laquelle le guide suprême doit posséder le plus haut rang théologique. Beaucoup pensent alors que Khamenei sera un dirigeant de transition. Il restera finalement au pouvoir près de quarante ans.

Une politique d’équilibre

Contrairement à Khomeini, Khamenei ne possède pas le charisme d’un chef révolutionnaire. Son pouvoir repose sur un système d’alliances et de manœuvres politiques.

Pendant de nombreuses années, la politique iranienne fonctionne comme une alternance entre conservateurs et réformateurs. Après le conservateur Rafsandjani viennent le réformateur Mohammad Khatami, puis le conservateur Mahmoud Ahmadinejad, ensuite le réformateur Hassan Rohani et enfin le conservateur Ebrahim Raïssi.

Ce système permet de maintenir un certain équilibre entre différentes factions de l’élite et différents groupes sociaux, tandis que les décisions stratégiques restent concentrées entre les mains du guide suprême.

L’ascension des Gardiens de la révolution

Sous Khamenei, le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) devient l’un des piliers du régime. Au fil des années, il se transforme en une puissance militaire, politique et économique majeure, contrôlant une part importante de l’économie iranienne. Sa taille atteint environ 200 000 membres. Ses commandants sont choisis parmi les personnalités jouissant de la confiance personnelle du guide suprême.

La stratégie nucléaire

L’un des choix stratégiques majeurs de Khamenei concerne le développement du programme nucléaire iranien. Après la révélation en 2002 de sites nucléaires à Natanz et Arak, l’Iran se retrouve au centre d’une crise internationale.

Téhéran affirme que son programme est exclusivement civil. En pratique, la stratégie iranienne vise à atteindre un statut de seuil nucléaire : ne pas posséder officiellement l’arme nucléaire, mais disposer des capacités nécessaires pour la produire rapidement si nécessaire. Cette politique provoque un affrontement prolongé avec les puissances occidentales et entraîne des sanctions économiques massives.

La fin de l’équilibre politique

Le tournant intervient en 2009, lorsque l’élection présidentielle remportée par Mahmoud Ahmadinejad déclenche une vague de protestations. Le candidat réformateur Mir-Hossein Mousavi et ses partisans dénoncent des fraudes massives. Les manifestations sont violemment réprimées. Après cet épisode, le système politique iranien évolue progressivement vers un régime plus autoritaire.

Les dernières années

Dans les dernières années du règne de Khamenei, l’Iran devient de plus en plus dépendant des structures sécuritaires. L’économie souffre lourdement des sanctions : inflation élevée, dépréciation rapide de la monnaie nationale et mécontentement social croissant.

Des mouvements de protestation éclatent régulièrement.

Au début de 2026, une nouvelle vague de manifestations massives secoue le pays. La répression est extrêmement brutale. Selon des organisations de défense des droits humains, plusieurs milliers de personnes sont tuées en quelques jours.

Le dernier affrontement

À la fin février, les États-Unis déploient au Moyen-Orient une force militaire comparable à celle utilisée lors de l’invasion de l’Irak en 2003. Malgré la pression internationale, Khamenei refuse toute concession sur la politique nucléaire et régionale de l’Iran.

Le 28 février, la guerre commence.

L’une de ses premières victimes est l’homme qui a façonné la trajectoire de la République islamique pendant près de quatre décennies.

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