Le président de l’Ukraine Volodymyr Zelensky a effectué du 26 au 29 mars une tournée au Moyen-Orient et a conclu des accords de coopération militaire avec plusieurs États clés de la région. Il s’agit notamment d’accords avec Arabie saoudite et Qatar, de la préparation d’un document similaire avec les Émirats arabes unis, ainsi que d’une coopération avec la Jordanie. Les textes des accords n’ont pas été publiés. D’après les déclarations des parties, il s’agit avant tout d’un échange d’expérience dans la lutte contre les drones, d’éventuels investissements dans l’industrie de défense ukrainienne et de livraisons de ressources énergétiques à l’Ukraine.
L’expérience ukrainienne en matière de lutte antidrones présente un intérêt particulier pour les pays de la région dans le contexte des attaques menées par l’Iran. Les drones de type « Shahed » qu’il utilise sont technologiquement proches de ceux que la Russie emploie contre l’Ukraine (sous le nom de « Geran »). Cela rend les solutions ukrainiennes directement applicables à la protection des infrastructures des pays du Golfe.
Comme le souligne The Wall Street Journal, lors de ses visites, Zelensky a insisté sur le fait que l’Ukraine et les pays du Moyen-Orient font face à une menace commune. Selon lui, la Russie et l’Iran agissent en alliés, et des structures russes pourraient transmettre à Téhéran des informations sur les infrastructures énergétiques critiques de la région, notamment les champs pétroliers et gaziers, les installations de transformation et les nœuds logistiques.
La tournée de Zelensky reflète une évolution progressive de la position des pays de la région vis-à-vis de la guerre russo-ukrainienne. Auparavant, ils adoptaient une posture de neutralité et jouaient un rôle de médiateurs. Les Émirats arabes unis ont notamment servi de plateforme pour des négociations, y compris sur les échanges de prisonniers, tandis que Mohammed ben Salmane a organisé en février 2025 les premiers contacts directs entre la Russie et les États-Unis depuis le début du conflit à grande échelle.
Cependant, dans un contexte de tensions accrues autour de l’Iran, les États de la région sont confrontés à de nouveaux risques. Malgré la présence de bases militaires américaines et des garanties de sécurité formelles, ils se révèlent vulnérables aux attaques de drones et de missiles.
Dans ces conditions, l’expérience ukrainienne s’avère particulièrement recherchée. Même au Pentagone, on reconnaît que l’Ukraine est devenue l’un des leaders mondiaux de la « guerre des drones ». Contrairement aux pays du Golfe, contraints d’utiliser des missiles coûteux ou l’aviation pour intercepter les drones, l’Ukraine a développé des méthodes plus économiques et flexibles.
Dans le contexte de la visite de Zelensky, des médias d’État iraniens ont diffusé des informations faisant état de la mort présumée de spécialistes ukrainiens à la suite d’une frappe contre un site militaire à Dubaï. Kiev a démenti ces informations. Par ailleurs, Zelensky a précédemment affirmé que plus de 200 spécialistes ukrainiens de la défense aérienne travaillent déjà à l’étranger, aidant d’autres pays à mettre en place des systèmes de protection contre les drones.
Les visites se sont déroulées sans conférences de presse publiques, et les commentaires des dirigeants des pays hôtes sont restés mesurés. Ni Mohammed ben Salmane, ni Mohammed ben Zayed Al Nahyane, ni Tamim ben Hamad Al Thani, ni Abdallah II n’ont fait de déclarations sur la guerre russo-ukrainienne. Tous se sont limités à évoquer la « sécurité régionale » et le « développement de la coopération ».
Les pays du Moyen-Orient sont prêts à élargir leur coopération avec l’Ukraine, tout en évitant de détériorer leurs relations avec la Russie. Tous conservent des liens économiques avec Moscou, notamment dans le domaine énergétique.