Le fils du dernier chah d’Iran, Reza Pahlavi, vit en exil depuis près d’un demi-siècle. Durant cette période, il a tour à tour été un « chah sans trône », un symbole marginal de la nostalgie de l’Iran d’avant la révolution, un défenseur des droits humains, un habitué des conférences occidentales et, enfin, une figure dont le nom recommence à être écouté à l’intérieur du pays.
De l’héritier à l’exilé
Reza Pahlavi est né en 1960, à une époque où le pouvoir de son père, Mohammad Reza Pahlavi, était déjà assuré par le coup d’État de 1953 et par le soutien direct des États-Unis et du Royaume-Uni. Formellement, l’Iran restait une monarchie, mais dans les faits un État autoritaire. La modernisation économique avançait de pair avec la montée de la répression, des inégalités sociales et la perte de souveraineté politique.
En août 1978, Reza fut envoyé aux États-Unis pour y poursuivre ses études. Il ne retourna jamais dans son pays. En janvier 1979, le chah quitta l’Iran, en février Rouhollah Khomeiny revint d’exil, et au printemps un référendum consacra la création de la République islamique.
Le « chah en exil »
Après la mort de son père en 1980, Pahlavi se proclama formellement chah Reza II. Les premières années de l’exil furent marquées par des complots, des contacts avec les adversaires régionaux de l’Iran et des tentatives de coup d’État. Cependant, au milieu des années 1980, il devint évident que le régime des mollahs s’était solidement enraciné et qu’un retour au pouvoir par la force était impossible. Ce constat marqua un tournant dans son évolution politique.
À la fin des années 1980, Reza Pahlavi s’installa définitivement aux États-Unis et commença à modifier son discours. Il cessa de présenter la restauration de la monarchie comme un objectif et se mit à promouvoir des idées plus universelles aux yeux de l’Occident : droits de l’homme, État laïque, démocratie. Son entourage ne comptait plus seulement des monarchistes, mais aussi d’anciens opposants au régime du chah, contraints de quitter l’Iran après la révolution.
En 2013, Pahlavi tenta d’institutionnaliser cette orientation en créant le Conseil national de l’Iran, une coalition de l’opposition en exil. Sa plateforme était volontairement large : intégrité territoriale, séparation de la religion et de l’État, égalité des droits des citoyens et droit du peuple à déterminer lui-même la forme de gouvernement. Longtemps, cette structure resta l’affaire de la diaspora. À l’intérieur de l’Iran, Pahlavi était perçu comme une figure du passé, davantage liée au milieu des émigrés de Los Angeles qu’à la politique réelle.
Pourquoi la situation a changé
Les protestations de la fin de l’année 2025 ont mis en lumière un problème central de l’opposition iranienne : l’absence d’un centre reconnu et d’un plan clair pour « l’après ». Le mécontentement existe, les manifestations de rue aussi, mais il n’y a pas de mécanisme de transition. Dans ce contexte, Pahlavi est apparu comme une figure commode, précisément parce qu’il dispose d’un scénario prêt à l’emploi. Les chaînes de télévision d’opposition, l’activité sur les réseaux sociaux, ainsi que le soutien d’Israël et des pays du Golfe l’ont rendu plus visible. En janvier 2026, ses appels à manifester ont coïncidé avec une forte escalade de la mobilisation dans les rues, et ses rencontres aux États-Unis ont montré qu’à Washington on recommençait à le considérer comme un interlocuteur possible.
Ce qu’il propose
Pahlavi insiste sur un point : il ne compte pas gouverner l’Iran. Son modèle repose sur une administration de transition, l’organisation d’élections pour une assemblée constituante et le transfert du pouvoir à des institutions élues. Formellement, il s’oppose à la monarchie comme solution prédéterminée et propose de soumettre la question de la forme du régime à une décision populaire.