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De la visite d’un président américain à Téhéran à l’assassinat du guide suprême. Comment les relations entre l’Iran et les États-Unis sont passées de l’alliance à la guerre

De la visite d’un président américain à Téhéran à l’assassinat du guide suprême. Comment les relations entre l’Iran et les États-Unis sont passées de l’alliance à la guerre

Le 28 février, les États-Unis et Israël ont lancé une nouvelle opération militaire contre l’Iran. Elle marque l’aboutissement de plusieurs décennies de tensions entre deux pays qui furent autrefois alliés. Au milieu du XXᵉ siècle encore, Washington soutenait activement la monarchie iranienne, aidait au développement de l’énergie nucléaire civile et vendait à Téhéran des armements modernes. Mais la révolution islamique de 1979 a transformé l’Iran, ancien partenaire clé des États-Unis au Moyen-Orient, en l’un de leurs principaux adversaires. Aujourd’hui, après l’assassinat du guide suprême Ali Khamenei et la reprise des hostilités, les relations diplomatiques entre les deux pays sont définitivement brisées. Retour sur l’évolution de la confrontation entre l’Iran et les États-Unis — de la coopération à l’affrontement militaire direct.

1953. Le coup d’État et le retour du shah

L’histoire moderne des relations irano-américaines commence en réalité avec le coup d’État de 1953. Les services secrets britanniques et américains ont mené l’opération « Ajax », qui a renversé le Premier ministre Mohammad Mossadegh. Deux ans auparavant, celui-ci avait nationalisé l’industrie pétrolière iranienne, alors contrôlée par la compagnie britannique British Petroleum. Après le coup d’État, le pouvoir est revenu au shah Mohammad-Reza Pahlavi, qui a rétabli l’influence des compagnies occidentales dans le secteur pétrolier. Ces événements ont provoqué une forte montée du sentiment antiaméricain au sein de la société iranienne, de nombreux Iraniens considérant les États-Unis comme responsables d’une ingérence dans les affaires internes du pays.

Années 1950–1970. Alliance et partenariat stratégique

Malgré la montée du mécontentement dans la population, l’Iran du shah devient l’un des principaux alliés des États-Unis au Moyen-Orient. En 1957, Washington et Téhéran signent un accord pour développer l’énergie nucléaire civile dans le cadre de l’initiative « Atoms for Peace » lancée par le président Dwight Eisenhower. Les États-Unis fournissent à l’Iran un réacteur de recherche ainsi qu’un stock d’uranium enrichi.

En 1968, les deux pays signent également le Traité de non-prolifération nucléaire.

Au début des années 1970, l’alliance atteint son apogée. Lors de la visite du président Richard Nixon à Téhéran en 1972, Washington promet de vendre à l’Iran les systèmes d’armes les plus modernes. Le shah dépense alors plus de 16 milliards de dollars en équipements militaires, dont des chasseurs-intercepteurs F-14. L’Iran est alors considéré comme un pilier de la stratégie américaine dans le Golfe persique.

1979. La révolution islamique

Février 1979 marque un tournant majeur dans l’histoire du pays. Après des mois de manifestations, le shah quitte l’Iran et l’ayatollah Rouhollah Khomeini revient d’exil. Le pays passe d’une monarchie pro-occidentale à une république islamique fondée sur un système théocratique. La nouvelle autorité adopte immédiatement une position résolument antiaméricaine. Khomeini popularise les slogans « Mort à l’Amérique » et « Mort à Israël ».

En novembre 1979, des militants révolutionnaires prennent d’assaut l’ambassade américaine à Téhéran. Cinquante-deux diplomates américains sont pris en otage. La prise de l’ambassade devient l’un des épisodes les plus dramatiques de la guerre froide et détruit définitivement les relations entre les deux pays.

1980. Rupture des relations

Les États-Unis tentent de libérer les otages lors de l’opération « Eagle Claw », mais celle-ci échoue en raison de problèmes techniques et d’une tempête de sable. À la suite de cet échec, le président Jimmy Carter rompt les relations diplomatiques avec l’Iran et impose un embargo commercial. La même année, l’Iran est entraîné dans une guerre de huit ans avec l’Irak. Au cours de ce conflit, le pays se retrouve presque totalement isolé sur la scène internationale.

Années 1980–1990. Sanctions et tensions persistantes

En 1981, les otages américains sont finalement libérés après la conclusion des accords d’Alger. Les États-Unis acceptent de débloquer certains avoirs iraniens gelés et promettent de ne pas intervenir dans les affaires internes de l’Iran. Cependant, les relations continuent de se détériorer.

En 1984, Washington inscrit l’Iran sur la liste des États soutenant le terrorisme.

En 1988, le croiseur américain USS Vincennes abat un avion civil iranien au-dessus du détroit d’Ormuz, provoquant la mort de 290 personnes.

Au milieu des années 1990, l’administration de Bill Clinton impose de lourdes sanctions contre l’industrie pétrolière iranienne et interdit aux entreprises américaines d’investir dans l’économie du pays.

Années 2000. La crise nucléaire

En 2002, le président américain George W. Bush place l’Iran dans « l’axe du mal » aux côtés de l’Irak et de la Corée du Nord. La même année, la révélation de sites nucléaires secrets à Natanz et à Arak déclenche une crise internationale autour du programme nucléaire iranien.

En 2009, les puissances occidentales annoncent l’existence d’une autre installation d’enrichissement d’uranium, dissimulée dans la montagne près de Fordo.

2015. L’accord nucléaire

Après de longues négociations, l’Iran et six puissances mondiales : les États-Unis, la Russie, la Chine, la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne, concluent un accord sur le programme nucléaire iranien. Téhéran accepte de limiter le niveau d’enrichissement de l’uranium et d’ouvrir ses installations aux inspections internationales. En échange, une partie des sanctions est levée.

2018. Le retrait des États-Unis

Le président Donald Trump se retire unilatéralement de l’accord, qu’il qualifie de « pire accord jamais conclu ». Les États-Unis rétablissent de lourdes sanctions économiques contre l’Iran et lancent une politique de « pression maximale ». En réponse, Téhéran reprend l’enrichissement de l’uranium et commence progressivement à abandonner ses engagements.

2020. L’assassinat du général Soleimani

En janvier 2020, les États-Unis éliminent le général Qassem Soleimani, l’un des commandants militaires les plus influents d’Iran. Téhéran riposte par des frappes de missiles contre des bases américaines en Irak, mais une guerre ouverte est alors évitée.

2025. Une guerre brève

Après le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, la pression sur l’Iran s’intensifie fortement. À l’été 2025, Israël lance une série de frappes contre les installations nucléaires iraniennes. Les États-Unis rejoignent ensuite l’opération. Des bombardiers américains B-2 frappent plusieurs sites nucléaires majeurs, notamment Natanz, Fordo et Ispahan. Trump affirme alors que le programme nucléaire iranien a été totalement détruit et impose rapidement un cessez-le-feu.

2026. Manifestations et nouvelle guerre

À la fin de l’année 2025, de vastes manifestations éclatent en Iran en raison de la crise économique et de l’effondrement de la monnaie nationale. Les protestations prennent rapidement une dimension politique. Le président américain Donald Trump soutient ouvertement les manifestants et déclare que les États-Unis sont prêts à aider le peuple iranien. Les autorités iraniennes répriment brutalement les manifestations en déployant les forces du Corps des gardiens de la révolution islamique.

En février 2026, Washington et Téhéran tentent de relancer des négociations sur un nouvel accord nucléaire, mais les positions des deux parties restent inconciliables.

Le 28 février, les États-Unis et Israël lancent une nouvelle opération militaire contre l’Iran. Selon Donald Trump, l’objectif est d’éliminer la menace que représente le régime iranien. Après l’assassinat du guide suprême Ali Khamenei, les autorités iraniennes annoncent qu’elles ne mèneront plus aucune négociation avec Washington.

Ainsi, un conflit qui s’est construit sur plusieurs décennies entre dans sa phase la plus dangereuse : un affrontement militaire direct entre l’Iran et les États-Unis.

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