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«L’Ukraine ne perd pas». Simon Shuster publie une nouvelle interview de Volodymyr Zelensky sur le front, Trump et le prix de la paix

«L’Ukraine ne perd pas». Simon Shuster publie une nouvelle interview de Volodymyr Zelensky sur le front, Trump et le prix de la paix

Le journaliste américain Simon Shuster, auteur du livre «Showman» consacré à Volodymyr Zelensky, a publié un article fondé sur un nouvel entretien approfondi avec le président ukrainien. La discussion a principalement porté sur un éventuel accord de paix entre Ukraine et Russie sous médiation des États-Unis.

Le fait que Kyiv serait, peut-être, prêt à envisager des concessions territoriales dans le Donbass en échange de garanties de sécurité a déjà été évoqué dans l’actualité. Dans ce texte, nous revenons sur la manière dont Zelensky évalue la situation sur le front, le rôle de Donald Trump dans le processus de paix et les compromis qu’il juge acceptables.

Sur l’importance de mettre fin à la guerre pour Trump

Au cours de l’entretien, Zelensky a souligné que la fin de la guerre pourrait constituer une victoire politique majeure pour Trump. Selon lui, cela renforcerait son image de faiseur de paix et lui offrirait un avantage à l’approche des élections de mi-mandat au Congrès prévues en novembre 2026. « Oui, il veut qu’il y ait moins de morts. Mais si l’on parle franchement, c’est une victoire politique pour lui », a déclaré Zelensky. Ainsi, selon le président ukrainien, l’intérêt de la Maison-Blanche pour le processus de paix relève aussi d’un calcul politique intérieur.

Sur la situation au front

La Russie, disposant d’une population et d’une économie bien supérieures, est en mesure de soutenir plus longtemps une guerre d’usure. Toutefois, Zelensky rejette l’idée d’une défaite stratégique de l’Ukraine. « L’Ukraine ne perd pas », a-t-il affirmé en réponse à une question sur la situation des forces armées ukrainiennes. Le président a insisté sur le fait qu’il préférerait ne conclure aucun accord plutôt que de signer un « mauvais accord ». Kyiv, selon lui, est prêt à poursuivre le combat si cela s’avère nécessaire pour obtenir une paix « digne et durable ».

Sur le Donbass

D’après Shuster, deux conseillers de Zelensky admettent que l’Ukraine pourrait, éventuellement, accepter une concession sur une partie du Donbass. Le président ne le confirme pas explicitement, mais explique qu’il évite de rejeter les propositions américaines, même lorsqu’elles lui semblent discutables. « Pour qu’ils ne pensent pas que nous voulons continuer la guerre », a-t-il expliqué. Il a également confié avoir parfois l’impression que certaines idées sont avancées pour tester la volonté de l’Ukraine de refuser.

Sur les élections et un éventuel référendum

Afin de légitimer d’éventuelles concessions territoriales, Zelensky envisage l’organisation d’un référendum sur les conditions d’un accord de paix au printemps 2026. Celui-ci pourrait être couplé à l’élection présidentielle, ce qui permettrait d’augmenter la participation et de réduire les risques de contestation des résultats. Selon Zelensky, l’idée d’organiser des élections en temps de guerre correspond aux intérêts de Moscou, qui chercherait un changement de pouvoir à Kyiv. Il affirme néanmoins être prêt à participer à une élection, mais refuse d’organiser un scrutin sans cessez-le-feu préalable et sans garanties de sécurité.

Sur les garanties de sécurité

Le principal obstacle dans les négociations, selon Zelensky, reste l’absence de garanties de sécurité claires. Il insiste sur la nécessité d’engagements écrits des États-Unis et des alliés européens afin de protéger l’Ukraine contre une éventuelle nouvelle agression. À ce stade, estime-t-il, les positions américaines demeurent « vagues et évasives ». Sans engagements formalisés, tout accord de paix serait fragile et potentiellement temporaire.

Sur le remplacement d’Ermak par Boudanov

Commentant le départ d’Andriy Ermak de la tête de son bureau, Zelensky a affirmé que la décision reposait sur « ses propres raisons » et ne relevait pas d’un scandale de corruption. Le nouveau chef de l’administration présidentielle, Kyrylo Boudanov, serait, selon Shuster, plus enclin aux compromis, y compris sur la question territoriale. Des discussions auraient porté sur des scénarios permettant aux forces ukrainiennes de se retirer de certaines zones du Donbass tout en empêchant une avancée ultérieure des troupes russes.

Sur une opportunité manquée

Après la reprise de Kherson en 2022, certains responsables américains avaient encouragé Kyiv à entamer des négociations avec Moscou. Toutefois, les pourparlers n’ont réellement repris qu’en 2025, dans un contexte militaire moins favorable. Interrogé sur une éventuelle occasion manquée, Zelensky a répondu que l’Ukraine n’a jamais été opposée à la fin de la guerre, mais que, selon lui, la Russie ne s’était pas montrée prête à dialoguer.

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