Plusieurs personnes de l’entourage de Donald Trump investissent massivement au Groenland et y développent des réseaux d’influence. Cette activité a attiré l’attention des services de renseignement danois et des journalistes, qui l’ont d’abord interprétée comme des opérations subversives dissimulées. Toutefois, comme le souligne The New York Times, rien n’indique qu’il s’agisse d’activités clandestines ou relevant de méthodes d’influence « opaques ».
Parmi les investisseurs figurent Ronald Lauder, proche de longue date de Trump, à qui l’on attribue l’idée d’un contrôle américain sur l’île, ainsi que la société Cantor Fitzgerald, anciennement dirigée par Howard Lutnick, aujourd’hui secrétaire au Commerce des États-Unis.
D’autres membres de l’entourage de Trump portent également des projets ambitieux. Ainsi, Drew Horn, ancien responsable au département de l’Énergie et dirigeant de GreenMet, prévoit de construire un vaste centre de données sur l’île. Celui-ci serait alimenté par une nouvelle centrale utilisant l’eau de fonte des glaciers — une ressource en expansion du fait du changement climatique. À terme, Horn envisage de développer autour de cette infrastructure d’autres projets énergivores, notamment dans la production d’aluminium. GreenMet mise également sur l’exploitation des terres rares présentes au Groenland, essentielles pour les chaînes d’approvisionnement technologiques.
En parallèle, un volet politico-communicationnel se développe. Le conseiller de Trump pour l’Arctique, Thomas Dans, organise des déplacements sur l’île pour des personnalités publiques, dont Donald Trump Jr.. Il a également participé à la préparation de la visite du vice-président américain J. D. Vance. Initialement, cette visite devait inclure des rencontres avec la population locale et des événements traditionnels. Toutefois, face à l’annonce de manifestations, le programme a été fortement réduit : le vice-président s’est finalement limité à une visite d’une base militaire américaine.
Dans a également facilité le déplacement aux États-Unis du Groenlandais Jørgen Boassen, qui a participé à la campagne présidentielle de Trump en 2024. De retour au Groenland, il est devenu l’un des soutiens les plus visibles du président américain, sans toutefois bénéficier d’un large appui local.
Une autre figure active dans cette dynamique est Chris Cox, fondateur du mouvement « Bikers for Trump » et membre du conseil consultatif du département de la Sécurité intérieure. Il se rend régulièrement au Groenland, affirmant vouloir « se faire des amis », tout en critiquant ouvertement le gouvernement danois. Selon les services de renseignement danois, ses activités pourraient contribuer à attiser des tendances séparatistes sur l’île. Il est à noter que ces acteurs ne cherchent pas à dissimuler leurs actions : ils donnent des interviews, publient activement sur les réseaux sociaux et revendiquent ouvertement la promotion des intérêts américains.
L’intensification de l’intérêt américain pour le Groenland s’est particulièrement manifestée au printemps 2025, lorsque Trump a de nouveau affirmé publiquement que les États-Unis devraient prendre le contrôle de l’île. En août de la même année, un reportage diffusé à la télévision danoise a évoqué ces « opérations d’influence » américaines. Bien que les noms n’y aient pas été cités, les descriptions renvoyaient clairement aux activités de Horn, Dans et Cox.
Le lendemain de la diffusion, le Ministère des Affaires étrangères du Danemark a convoqué l’ambassadeur des États-Unis pour obtenir des explications. Le ministre des Affaires étrangères Lars Løkke Rasmussen a déclaré que les actions d’acteurs étrangers à l’intérieur du pays ne pouvaient être ignorées. De leur côté, les proches de Trump ainsi que les autorités américaines rejettent toute accusation d’illégalité, affirmant qu’il s’agit d’investissements transparents et d’une coopération ouverte.