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Le second front de la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran — le Liban. Que s’y passe-t-il ?

Le principal théâtre de la grande guerre au Moyen-Orient se situe aujourd’hui entre l’Iran et les monarchies du Golfe persique. Le second front, par ordre d’importance, est le Liban. Israël est entré dans une nouvelle phase de la guerre contre le Hezbollah, et, cette fois, la probabilité que cette organisation soit définitivement vaincue est plus élevée que jamais.

Le Hezbollah est à la fois une grande force politique libanaise, une organisation armée dont les capacités sont au moins comparables à celles de l’armée libanaise, et une organisation terroriste dont l’objectif principal est la lutte contre Israël. Créé dans les années 1980 avec la participation directe du Corps des gardiens de la révolution islamique iranien, il est depuis des décennies l’un des principaux instruments de la politique étrangère de Téhéran. L’Iran arme le Hezbollah, le finance, entraîne ses combattants et lui fournit un soutien en matière de renseignement.

Pour la République islamique, le Hezbollah a longtemps constitué un élément central de son système de dissuasion régionale. Si Israël décidait d’attaquer directement l’Iran, le Hezbollah ouvrirait un second front et lancerait des bombardements massifs de roquettes contre le territoire israélien. L’organisation n’a jamais été capable de vaincre Israël dans une guerre conventionnelle, mais elle pouvait lui infliger des dommages économiques et politiques considérables. C’est précisément ce risque qui devait dissuader Israël d’un affrontement direct avec Téhéran.

Cependant, le Hezbollah possède aussi ses propres intérêts politiques et ambitions au Liban. Le système politique du pays repose sur un équilibre confessionnel : le président est toujours chrétien, le Premier ministre sunnite et le président du Parlement chiite. La population du pays est répartie presque également entre ces communautés, et la politique y revêt inévitablement un caractère confessionnel.

Les chiites ont longtemps été considérés comme l’un des groupes les plus marginalisés du pays, et le Hezbollah est devenu la force la plus influente représentant leurs intérêts. Outre sa branche armée, le mouvement possède un parti politique « Fidélité à la Résistance », qui occupe 14 sièges sur 128 au Parlement et constitue l’une des principales factions politiques.

L’instabilité politique au Liban a atteint son apogée entre 2022 et 2025. Pendant près de deux ans et demi, le pays a vécu sans président : le Parlement ne parvenait pas à élire un chef de l’État en raison de profondes divisions politiques. Sans président, il était impossible de former un gouvernement. Le Hezbollah n’était pas la seule cause de cette crise, mais il a activement empêché sa résolution, cherchant à éviter l’élection d’un candidat qui lui serait fondamentalement hostile.

Dans ce contexte, le 7 octobre 2023, des combattants du Hamas ont attaqué Israël. Dès le lendemain, le Hezbollah a commencé à bombarder le nord du pays. Israël a répondu par des tirs d’artillerie et des frappes aériennes, mais pendant près d’un an le conflit est resté relativement limité.

Le tournant est survenu à l’automne 2024. Les services de renseignement israéliens ont mené une opération visant à faire exploser les pagers et radios utilisés par les combattants du Hezbollah. Cette opération a été suivie de frappes aériennes massives contre les positions du mouvement dans le sud du Liban, dans la vallée de la Bekaa et dans la Dahieh — la banlieue chiite de Beyrouth, de facto contrôlée par le Hezbollah.

En quelques jours, une grande partie de la direction du mouvement a été éliminée, y compris son chef historique Hassan Nasrallah et ses successeurs. L’armée israélienne est ensuite entrée dans le sud du Liban et, pendant plusieurs semaines, a détruit dépôts d’armes, infrastructures et bases de combattants. Au moment du retrait des troupes, un accord a été conclu qui accordait de facto à Israël une liberté d’action : en cas de nouvelle menace venant du Hezbollah, l’aviation israélienne pourrait frapper le territoire libanais.

Ces événements ont eu de lourdes conséquences pour toute la région. Le Hezbollah était l’un des principaux soutiens militaires du régime de Bachar al-Assad en Syrie. Affaibli par la guerre contre Israël, il n’a plus été en mesure de lui apporter le même soutien, et, dès décembre 2024, l’opposition armée syrienne a rapidement renversé le dictateur.

Au Liban même, l’équilibre politique s’est également modifié. L’affaiblissement du Hezbollah l’a contraint à faire des concessions politiques. Le Parlement a finalement réussi à élire un président : le commandant en chef de l’armée libanaise, Joseph Aoun. Il a nommé Premier ministre Nawaf Salam, ancien président de la Cour internationale de justice.

Le Liban ne reconnaît officiellement pas Israël, mais les nouvelles autorités ont commencé à établir des relations de travail avec l’État hébreu. En pratique, les deux parties sont devenues des alliés circonstanciels. Leurs intérêts convergeaient : Israël voulait éliminer la menace à sa frontière nord, tandis que le gouvernement libanais cherchait à se débarrasser de l’influence iranienne et à reprendre le contrôle de l’ensemble du territoire national.

Depuis l’automne 2024, l’armée libanaise avance progressivement vers le sud du pays, prenant le contrôle de positions du Hezbollah : bunkers, tunnels, dépôts d’armes et parfois même des villages entiers. La plupart du temps, cela se produit sans combats, grâce à des accords entre commandants locaux. Lorsque les combattants du Hezbollah résistent, l’aviation israélienne intervient. L’armée libanaise tente d’éviter les affrontements directs, n’étant pas certaine de pouvoir vaincre le Hezbollah.

Malgré cette coopération, Israël reste insatisfait du rythme du désarmement du mouvement. Les services de renseignement israéliens concluent régulièrement que le Hezbollah reconstitue ses stocks d’armes et recrute de nouveaux combattants plus rapidement qu’il ne se désarme.

Dans le contexte de la préparation de l’opération américano-israélienne contre l’Iran, cette question est devenue particulièrement sensible. Bien que le Hezbollah ne représente plus la menace qu’il constituait en 2023–2024, il reste la seconde source de risque pour Israël après les missiles iraniens.

En février, Israël a mené plusieurs frappes aériennes contre les positions du Hezbollah dans le sud du Liban et dans la vallée de la Bekaa, détruisant une partie des dépôts d’armes et éliminant plusieurs commandants. Le 24 février, Israël a transmis un avertissement au gouvernement libanais : si une guerre contre l’Iran éclate et que le Hezbollah y participe, l’aviation israélienne dispose d’une liste de plus d’un millier de cibles, y compris l’aéroport international de Beyrouth. Le Premier ministre libanais Nawaf Salam a alors appelé publiquement le Hezbollah à « ne pas entraîner le Liban dans une nouvelle aventure ».

La guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran a commencé le 28 février. L’une de ses premières victimes a été le guide suprême de la République islamique, Ali Khamenei. Dans la nuit du 2 mars, après la confirmation officielle de sa mort, le Hezbollah a commencé à lancer des roquettes contre Israël.

Israël a répondu par des frappes aériennes massives contre le sud du Liban, la vallée de la Bekaa et la Dahieh. Les cibles comprenaient des dirigeants du mouvement, des représentants iraniens au Liban et des infrastructures du Hezbollah, notamment le siège de la chaîne de télévision Al-Manar. L’armée israélienne a également mené plusieurs raids terrestres limités dans le sud du Liban. Pour l’instant, il n’est pas question d’une opération terrestre à grande échelle, mais ce scénario reste possible.

Israël appelle la population civile à évacuer le sud du Liban et les quartiers de Beyrouth contrôlés par le Hezbollah. Selon les autorités libanaises, plusieurs dizaines de personnes ont déjà été tuées, des centaines blessées et environ 80 000 habitants ont dû quitter leurs maisons.

Le gouvernement libanais a condamné les actions d’Israël comme une violation de sa souveraineté et a demandé le soutien de l’ONU et des États-Unis. Mais, en même temps, il a annoncé l’interdiction des « activités du Hezbollah dans les domaines sécuritaire et militaire ».

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