Dans un contexte d’échanges de frappes intenses entre États-Unis et Israël d’un côté, et Iran de l’autre, les risques pour l’économie mondiale augmentent rapidement. Le principal point de tension est le détroit d’Ormuz. Il longe la côte sud de l’Iran et demeure une voie essentielle pour l’acheminement des hydrocarbures depuis le Moyen-Orient. La menace d’un blocage entraîne presque automatiquement une hausse des prix du pétrole ; la seule question est de savoir jusqu’où cette hausse ira et combien de temps elle durera. Cet article s’appuie sur les analyses du Financial Times et de The Economist.
Dans quel état l’économie mondiale aborde-t-elle cette nouvelle grande guerre au Moyen-Orient ?
Paradoxalement, dans une situation relativement solide. En début d’année, les organisations internationales anticipaient une croissance mondiale d’environ 3 % et un ralentissement progressif de l’inflation. Les marchés boursiers atteignaient des sommets malgré les conflits tarifaires et les crises géopolitiques. Cependant, l’attaque contre l’Iran, et surtout la possibilité d’une riposte visant les infrastructures énergétiques régionales, crée un risque d’une autre nature. Les guerres commerciales affectent certains secteurs ; les perturbations pétrolières touchent l’ensemble de l’économie, des coûts de transport aux prix dans les supermarchés.
Pourquoi le détroit d’Ormuz est-il le principal facteur économique de cette guerre ?
Chaque jour, environ 15 à 17 millions de barils de pétrole transitent par le détroit d’Ormuz, soit près d’un cinquième des flux mondiaux transportés par voie maritime. D’importants volumes de gaz naturel liquéfié y circulent également. La moindre déstabilisation entraîne une réaction immédiate des marchés. Les coûts du transport maritime augmentent, les assureurs revoient leurs tarifs à la hausse et les négociants intègrent une « prime de risque ». Il n’est même pas nécessaire qu’un blocus formel soit instauré : la simple menace ou quelques attaques ciblées contre des navires suffisent à faire grimper les prix.
Un baril à 100 dollars est-il probable ?
Les analystes envisagent deux scénarios principaux.
Le premier suppose une perturbation grave et prolongée du trafic maritime. Dans ce cas, le Brent pourrait rapidement dépasser les 100 dollars le baril. Un tel bond constituerait un « choc colossal » pour l’économie mondiale : accélération de l’inflation, remise en cause des plans de baisse des taux directeurs et correction des marchés boursiers.
Le second scénario prévoit que le détroit reste ouvert, mais que les exportations iraniennes diminuent et que la logistique se complique. Les prix pourraient alors se stabiliser entre 80 et 90 dollars.
Il convient de rappeler que le marché anticipait encore récemment un excédent d’offre. En quelques jours, la géopolitique a bouleversé ces prévisions.
De quoi dépend l’ampleur de la hausse ?
Premièrement, de l’étendue du conflit. Si les frappes touchent les infrastructures en Arabie saoudite, aux Émirats arabes unis ou au Koweït, une réduction physique de l’offre deviendra plausible.
Deuxièmement, de la capacité à garantir la sécurité de la navigation. Le détroit d’Ormuz n’a jamais été totalement fermé, même durant la guerre Iran-Irak. Mais il peut devenir plus risqué et plus coûteux à emprunter.
Troisièmement, de l’issue politique à Téhéran. Un changement de pouvoir et un allègement des sanctions pourraient accroître les exportations iraniennes et stabiliser le marché. À l’inverse, si des forces plus radicales l’emportent, la prime de risque pourrait s’installer durablement.
Quel impact d’un pétrole cher sur les grandes économies ?
États-Unis
Les États-Unis sont aujourd’hui bien plus indépendants sur le plan énergétique qu’il y a dix ans. Toutefois, le prix mondial du pétrole influence directement celui de l’essence. Une hausse de 10 dollars par baril se traduit généralement par une augmentation du prix à la pompe et par une accélération de l’inflation. Si le baril s’approche des 100 dollars, l’inflation pourrait de nouveau dépasser les objectifs fixés par la Réserve fédérale. Cela compliquerait la baisse des taux et freinerait la croissance. Un autre effet probable serait l’appréciation du dollar, considéré comme valeur refuge.
Chine et Asie
La Chine est le principal importateur de pétrole du Golfe. Plus de 80 % des flux transitant par Ormuz sont destinés aux marchés asiatiques. Des perturbations entraîneraient une hausse des coûts de production et une pression accrue sur l’industrie. Pour la Chine, cela signifie à la fois un risque de ralentissement économique et une incitation à diversifier davantage ses routes et ses fournisseurs.
Europe
L’Europe est particulièrement vulnérable via le marché du gaz et des produits pétroliers. Une hausse des prix de l’énergie pourrait ralentir la reprise économique et raviver les tensions inflationnistes. Même si l’inflation reste aujourd’hui modérée, un choc énergétique pourrait modifier la trajectoire de la politique monétaire.
Russie
La Russie bénéficie à court terme d’un niveau de prix plus élevé. La hausse des cours mondiaux facilite les exportations, malgré les sanctions, et compense en partie les décotes appliquées à son pétrole. Cependant, une instabilité prolongée au Moyen-Orient accroît l’incertitude globale, ce qui freine l’investissement et la demande mondiale à plus long terme.