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Des purges sans précédent se poursuivent au sommet de l’armée chinoise
Fin du traité nucléaire : vers une nouvelle course aux armements entre Washington et Moscou

Fin du traité nucléaire : vers une nouvelle course aux armements entre Washington et Moscou

Dès demain, le monde pourrait se réveiller dans une réalité nettement plus dangereuse. Le 5 février 2026, le traité New START (SNV-III) arrive à expiration — dernier accord encore en vigueur limitant les arsenaux nucléaires stratégiques de la Russie et des États-Unis et garantissant une transparence mutuelle entre les deux puissances. S’il n’est pas prolongé, même temporairement, les deux principales puissances nucléaires mondiales se retrouveront, pour la première fois depuis un demi-siècle, en dehors de tout cadre formel de contrôle de leurs forces stratégiques.

Qu’est-ce que le SNV-III et pourquoi était-il crucial

Le SNV-III — Traité sur les mesures de réduction et de limitation supplémentaires des armements stratégiques offensifs — constitue l’aboutissement d’une longue série d’accords hérités de la guerre froide et de l’ère post-bipolaire. Il a été signé en 2010 par les présidents Dmitri Medvedev et Barack Obama, dans un contexte de bref réchauffement politique entre Moscou et Washington.

Le traité fixait des plafonds stricts :

  • jusqu’à 700 missiles balistiques intercontinentaux (ICBM), missiles balistiques lancés depuis des sous-marins (SLBM) et bombardiers lourds déployés ;
  • jusqu’à 800 lanceurs déployés et non déployés ;
  • jusqu’à 1 550 ogives nucléaires sur des vecteurs stratégiques déployés.

Le document limitait rigoureusement le nombre de vecteurs et d’ogives, mais sa valeur essentielle ne résidait pas tant dans les chiffres que dans les mécanismes de contrôle : inspections sur site, échanges de données, système de notifications. Pendant des décennies, ces instruments ont réduit le risque de mauvaises interprétations et d’escalades soudaines.

Comment la confiance a été brisée

Après le déclenchement de la guerre de grande ampleur en Ukraine, les relations entre la Russie et les États-Unis se sont définitivement dégradées. Dès février 2022, Vladimir Poutine a annoncé la mise en alerte renforcée des forces nucléaires russes. En 2023, Moscou a déclaré la « suspension » de sa participation au SNV-III, tout en soulignant qu’il ne s’agissait pas d’un retrait formel du traité.

Dans les faits, l’accord a cessé de remplir sa fonction principale : assurer la transparence. Les inspections ont été interrompues, les échanges d’informations gelés. Les États-Unis reconnaissaient que la Russie continuait à respecter les plafonds quantitatifs, mais en l’absence de vérifications, cette certitude relevait davantage du politique que du technique.

Une tentative de préserver le statu quo

À l’automne 2025, Poutine a proposé un compromis : prolonger les conditions du SNV-III d’un an, sous réserve de garanties réciproques. Il a qualifié l’abandon total du contrôle des arsenaux nucléaires d’erreur stratégique et dangereuse. Le Kremlin a à plusieurs reprises confirmé que cette proposition restait sur la table.

Toutefois, aucune réponse claire n’est venue de Washington. En janvier 2026, le président américain Donald Trump a jugé l’idée d’une prolongation « pas mauvaise », tout en indiquant qu’il n’y aurait pas de reconduction automatique du traité. Son administration estime que le format strictement bilatéral ne reflète plus l’équilibre réel des forces.

La position américaine : le facteur chinois et l’incertitude stratégique

La principale raison de la prudence américaine est la Chine. Contrairement à la Russie et aux États-Unis, Pékin n’a jamais participé aux accords de contrôle des armements stratégiques et développe de manière soutenue son potentiel nucléaire. Selon les estimations du Pentagone, l’arsenal chinois pourrait dépasser le millier d’ogives d’ici la fin de la décennie.

Pour Washington, cela constitue un piège stratégique : maintenir des restrictions avec Moscou tout en faisant face à l’ascension d’une troisième puissance nucléaire, ou abandonner la logique des traités et se préparer à une confrontation trilatérale sans règles. L’équipe de Trump semble pencher vers la seconde option.

Pourquoi l’absence de traité est plus dangereuse que la course aux armements elle-même

Le paradoxe de la situation est que ni la Russie ni les États-Unis n’ont objectivement intérêt à une course massive aux armements stratégiques. Le parité stratégique est déjà atteinte, et une augmentation rapide des arsenaux exigerait des ressources financières et technologiques considérables.

En revanche, l’absence de traité engendre une autre menace, celle de l’incertitude. Sans inspections ni notifications, chaque camp est contraint de raisonner à partir des scénarios les plus pessimistes concernant les intentions de l’autre. Tout déplacement de vecteurs, toute modernisation de missiles ou de bombardiers peut être interprété comme une préparation à l’escalade.

Nouvelles armes, nouveaux risques

La situation est encore aggravée par l’émergence de systèmes non couverts par le SNV-III. La Russie développe des armes telles que « Poséidon » et « Bourevestnik », tandis que les États-Unis misent sur une défense antimissile globale et sur des technologies de frappe avancées. La frontière entre armements nucléaires et non nucléaires de portée stratégique devient de plus en plus floue.

Dans ces conditions, tout nouvel accord exigerait non seulement des solutions techniques complexes, mais aussi un niveau de confiance politique qui fait aujourd’hui défaut.

Et après ?

La probabilité de conclure un véritable SNV-4 dans un avenir proche est faible. Même une prolongation de courte durée du SNV-III aurait un impact limité si les inspections et les échanges de données ne sont pas rétablis.

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