Le bitcoin a connu une forte hausse après le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, avant de s’effondrer tout aussi rapidement au cours des derniers mois. Pourquoi le marché des cryptomonnaies traverse-t-il une phase de forte turbulence, et les investisseurs ont-ils des raisons d’espérer une reprise de la croissance ?
Que s’est-il passé ?
À l’issue de la séance de trading du 5 février, le bitcoin a enregistré sa plus forte baisse journalière depuis plus de trois ans. Son cours a reculé de 14,02 % et est passé sous la barre des 64 000 dollars, selon les données de la plateforme Binance. Dans la nuit du 6 février, la chute s’est poursuivie : le prix de la cryptomonnaie s’est rapproché des 60 000 dollars, soit une baisse de plus de 18 % par rapport au pic de la veille. L’Ethereum a affiché une dynamique similaire.
Dans l’ensemble, au cours des dernières 24 heures, presque toutes les cryptomonnaies figurant parmi les cent premières en termes de capitalisation ont perdu jusqu’à 25 % de leur valeur.
Le marché reste marqué par une forte volatilité. À l’automne 2025 encore, le bitcoin poursuivait un rallye de plusieurs années, amorcé après le lancement aux États-Unis de fonds négociés en bourse (ETF) dédiés aux investissements en cryptomonnaies, puis renforcé par la victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle. Durant sa campagne, le candidat républicain avait promis au secteur des cryptomonnaies une déréglementation accrue et un intérêt croissant de l’État pour cette industrie.
Cependant, moins de six mois après avoir atteint un record historique, au-delà de 125 000 dollars, le cours du bitcoin est retombé à ses niveaux d’octobre 2024. Dans le même temps, les actions des grandes entreprises du secteur crypto reculent, tandis qu’environ 2 milliards de dollars ont été retirés des ETF en l’espace d’un mois.
Quelles sont les causes de la chute ?
Comme c’est souvent le cas lors de mouvements de prix brutaux, la baisse s’explique par une combinaison de facteurs.
Premièrement, les marchés financiers mondiaux traversent une période de forte instabilité. Depuis le début de l’année 2026, l’administration de Donald Trump a multiplié les initiatives ayant accru les risques géopolitiques : tentatives d’étendre l’influence américaine sur la production pétrolière vénézuélienne, déclarations abruptes à l’égard de l’Union européenne dans le contexte des différends autour du Groenland, ainsi que l’examen sérieux de l’option de nouvelles frappes contre l’Iran. De tels signaux incitent traditionnellement les investisseurs à réduire leur exposition aux actifs risqués.
Deuxièmement, la politique de nominations de la Maison-Blanche a exercé une pression supplémentaire sur les marchés. La désignation de Kevin Warsh à la présidence de la Réserve fédérale américaine a modifié les anticipations des investisseurs. Connu pour sa position restrictive en matière de lutte contre l’inflation et de politique monétaire, Warsh a contribué à réduire les attentes d’un affaiblissement du dollar. Cette évolution a pesé sur les actifs alternatifs, qu’ils soient considérés comme des valeurs refuges ou comme des actifs spéculatifs, y compris les cryptomonnaies.
Troisièmement, la dynamique négative a été amplifiée par les ventes massives d’actions de sociétés technologiques. Celles-ci sont liées à une nouvelle vague d’inquiétudes concernant une possible bulle dans le secteur de l’intelligence artificielle, ce qui exerce une pression sur les indices boursiers et renforce le mouvement général de fuite vers la sécurité.
Enfin, un facteur technique a joué un rôle clé. La liquidation massive de positions utilisant l’effet de levier a fortement accéléré la baisse des cours. En l’espace d’une journée, les plateformes de cryptomonnaies ont clôturé de force les positions d’environ 560 000 traders pour un montant total de 2,6 milliards de dollars. Plus de 2,2 milliards de dollars concernaient des positions longues, c’est-à-dire des paris sur une hausse des prix. Ce phénomène a accentué l’effet boule de neige et alimenté des ventes paniques.
Et maintenant : poursuite de la baisse ou nouveau cycle de hausse ?
Pour des actifs caractérisés par une forte composante spéculative, les prévisions à long terme demeurent extrêmement incertaines. Néanmoins, les attentes des acteurs du marché permettent d’esquisser plusieurs scénarios possibles.
Comme le souligne le Financial Times, le nombre de paris sur une baisse du bitcoin à 60 000 dollars d’ici la fin de l’année a fortement augmenté ces dernières semaines sur la plateforme professionnelle de paris Kalshi. Les participants estiment désormais la probabilité d’un tel scénario à plus de 85 %.
Bloomberg fait également état d’un changement de sentiment sur le marché des options. Les investisseurs achètent de plus en plus de protections contre une baisse du cours autour du seuil des 70 000 dollars. Les contrats à moyen terme, notamment ceux arrivant à échéance durant l’été, reflètent des anticipations nettement plus pessimistes qu’en début d’année.
Dans le même temps, certains analystes estiment que la principale vague de ventes pourrait toucher à sa fin. Selon eux, de tels mouvements brusques ont souvent, par le passé, constitué des points d’entrée pour les investisseurs adoptant un horizon de long terme.
Pour l’instant, le marché reste toutefois marqué par la prudence. L’euphorie née du retour de Donald Trump à la Maison-Blanche a cédé la place à une réévaluation des risques. Les cryptomonnaies réagissent de plus en plus clairement à la géopolitique, aux décisions de la Réserve fédérale et à l’évolution des marchés actions, ce qui les rend moins autonomes et plus vulnérables aux chocs extérieurs.