En 2025, les exportations américaines de gaz naturel liquéfié (GNL) ont atteint un niveau record de 111 millions de tonnes. C’est la première fois que les livraisons américaines dépassent le seuil des 100 millions de tonnes par an. Cette hausse s’explique par un taux d’utilisation très élevé des terminaux existants et par la mise en service de nouvelles capacités, notamment le projet Plaquemines LNG en Louisiane. Mais le record de 2025 ne semble être qu’une étape.
Selon les prévisions de la U.S. Energy Information Administration, les capacités d’exportation de GNL des États-Unis pourraient plus que doubler d’ici 2029, pour atteindre 230 à 240 millions de tonnes par an. Si ces projets se concrétisent, les États-Unis deviendront l’acteur le plus important et le plus influent du marché mondial du GNL. Concrètement, cela signifie que ce sont les livraisons américaines qui détermineront l’équilibre entre l’offre et la demande et, par conséquent, les prix.
Les prix du gaz en Europe pourraient presque être divisés par deux
Le cabinet de conseil Wood Mackenzie estime que la vague de nouveaux projets de GNL, principalement aux États-Unis et au Qatar, entraînera une forte augmentation de l’offre mondiale. D’ici 2030, cela pourrait presque diviser par deux les prix du gaz en Europe par rapport au niveau de 2025. Pour l’industrie européenne, c’est une bonne nouvelle. Selon les estimations de WoodMac, les entreprises de l’UE pourraient économiser environ 46 milliards de dollars par an sur leurs coûts énergétiques d’ici 2032. Un facteur crucial dans un contexte de perte de compétitivité des industriels européens et de délocalisation partielle des capacités de production hors de l’Union.
L’objectif stratégique des États-Unis : évincer la Russie
La montée en puissance du GNL américain a non seulement une dimension économique, mais aussi politique. L’un des objectifs clés de Washington est d’évincer définitivement la Russie du marché gazier européen. Malgré la forte baisse des livraisons, la Russie continue d’exporter vers l’Europe 15 à 20 milliards de mètres cubes de gaz par an par gazoducs, tout en conservant une présence sur le marché du GNL. L’expansion des capacités américaines crée des conditions favorables à une pression accrue sur ces volumes résiduels.
L’Europe change de dépendance, sans s’en libérer
Après 2022, l’UE a activement réduit ses achats de gaz russe, en misant sur le GNL. Le principal bénéficiaire de cette évolution a été les États-Unis. Début 2026, le gaz américain représentait plus de 57 % de l’ensemble des importations de GNL de l’UE, contre 45 % en 2024. À terme, cette part pourrait atteindre 70 à 72 %. Officiellement, l’Europe a diversifié ses approvisionnements ; dans les faits, la dépendance demeure, mais a simplement changé de géographie.
Pour l’économie américaine, le boom du GNL constitue l’un des plus grands projets industriels des dernières décennies. Selon S&P Global, le développement du secteur gazier pourrait, d’ici 2040, ajouter jusqu’à 1 300 milliards de dollars au PIB des États-Unis, générer environ 166 milliards de dollars de recettes fiscales par an et créer près de 500 000 nouveaux emplois. Le GNL devient ainsi pour les États-Unis une source durable de croissance, d’influence et de stabilité budgétaire.