Le nom original du « Conseil de la paix » est Board of Peace. Au lieu du mot council, traditionnel pour les organes politiques internationaux, on utilise board, comme dans board of directors (« conseil d’administration »). Donald Trump a déclaré ouvertement qu’il considérait le Conseil de la paix comme une alternative possible à l’Organisation des Nations unies.
D’où vient le Conseil de la paix
L’idée du Conseil de la paix est issue du plan de règlement du conflit à Gaza proposé par Trump à l’automne. Le principal auteur de ce concept serait Jared Kushner — gendre de Trump et son principal conseiller pour le Moyen-Orient.
Tout a commencé à l’été 2025. Plusieurs groupes ont, en parallèle, élaboré leurs propres plans pour mettre fin à la guerre dans la bande de Gaza. Parmi eux figuraient l’Institut pour le changement global de l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair, ainsi que des experts engagés par les hommes d’affaires israéliens Michael Eisenberg et Liran Tankman. Ces groupes ne coordonnaient pas leurs travaux, mais ils avaient un point commun : tous cherchaient à passer par Kushner, comprenant que sans lui aucun projet ne deviendrait un « plan Trump ». En août–septembre, plusieurs concepts concurrents ont été fusionnés en un seul projet, que Trump a présenté comme son plan de paix. Celui-ci prévoyait notamment le transfert temporaire de Gaza sous une administration internationale, via un organe spécialement créé — le Conseil de la paix initial. Cet organe devait prendre les décisions stratégiques et superviser le travail d’un comité de technocrates palestiniens chargé de la gestion quotidienne du territoire. La structure était résolument de type corporatif. Le Conseil de la paix jouait le rôle d’un conseil d’administration : les sièges y revenaient à ceux qui contribuaient le plus au projet de reconstruction de Gaza. En octobre, un cessez-le-feu est entré en vigueur à Gaza. En novembre, le Conseil de sécurité de l’ONU a approuvé le plan de Trump. En janvier, de nouveaux organes de gouvernance du territoire ont été mis en place.
À ce stade, les ambitions de Trump concernant le Conseil de la paix dépassaient déjà clairement le cadre de Gaza. À la mi-janvier, les médias occidentaux ont rapporté que son administration envisageait la création d’une structure similaire pour l’Ukraine. Peu après, le statut du Conseil de la paix a été publié, révélant que Gaza n’y était même pas mentionnée. L’objectif de l’organisation y est formulé de manière très large : « renforcer la stabilité, rétablir une gouvernance légitime et durable, et instaurer une paix durable dans les régions affectées ou menacées par des conflits ».
Comment le Conseil de la paix sera organisé
Essentiellement, comme un conseil d’administration mondial. Le président du Conseil de la paix est Donald Trump. Il y représente également les États-Unis, même après la fin de son mandat présidentiel. La fonction de président n’est pas élective : sa destitution n’est possible qu’en cas de démission volontaire ou d’incapacité. Il désigne lui-même son successeur.
À l’exception de Trump, les membres du Conseil de la paix ne sont pas des individus, mais des États. L’adhésion n’est possible que sur invitation du président. La durée du mandat est de trois ans. Les pays qui, au cours de la première année d’application du statut (jusqu’au 22 janvier 2027), verseront un milliard de dollars au budget du Conseil deviendront membres permanents. Le président peut exclure n’importe quel État, et seule une opposition des deux tiers des membres peut bloquer cette décision.
Le statut ne crée aucune obligation de droit international. Il ne prévoit pas de contributions obligatoires, ne requiert pas de ratification parlementaire et stipule explicitement que le degré de participation de chaque État est déterminé par sa législation nationale. Formellement, le Conseil de la paix n’est qu’une ONG internationale. Ses critiques le qualifient de « club payant », tandis que ses partisans estiment logique que les pays qui investissent le plus dans les affaires internationales disposent de la plus grande influence.
Qui est entré dans le Conseil de la paix
Avant la signature du statut, des invitations ont été envoyées à plusieurs dizaines de pays, dont la Russie et la Biélorussie. Le 22 janvier à Davos, le statut du Conseil de la paix a été signé par des dirigeants et de hauts représentants de pays du Moyen-Orient, d’Asie centrale, d’Amérique latine ainsi que d’Europe du Sud et de l’Est. Parmi eux figuraient Bahreïn, le Maroc, l’Argentine, l’Arménie, l’Azerbaïdjan, la Hongrie, le Kazakhstan, le Qatar, la Turquie, l’Ouzbékistan et plusieurs autres États. L’Albanie, la Biélorussie, l’Égypte, Israël, le Koweït et le Vietnam avaient auparavant déclaré être prêts à rejoindre l’initiative.
Le président russe Vladimir Poutine a déclaré qu’il examinait encore l’invitation, ajoutant que le milliard de dollars pourrait être prélevé sur les avoirs russes gelés aux États-Unis. Il a toutefois souligné que ces fonds pourraient être destinés à Gaza indépendamment de la décision finale concernant l’adhésion.
Parmi les pays n’ayant pas encore donné de réponse définitive figure la Chine. D’un côté, une participation pourrait faciliter le dialogue avec Trump sur d’autres dossiers sensibles. De l’autre, la domination totale de l’organisation par Trump personnellement est difficilement compatible avec la conception chinoise du statut souverain et de l’égalité diplomatique.
Plusieurs pays occidentaux : le Royaume-Uni, la France, la Suède et la Norvège, ont immédiatement décliné l’invitation. Le Canada a longtemps hésité, mais après la rhétorique ouvertement anti-Trump de son Premier ministre à Davos, l’issue est devenue évidente.